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vendredi 25 février 2011 09:19

  • cinéma

« 127 Heures », Danny Boyle à bras raccourcis

par Didier Péron

DR

127 Heures de Danny Boyle avec James Franco, Amber Tamblyn, Kate Mara… 1 h 34

Il y a deux types de motivation pour voir 127 Heures : soit parce qu’on passe ses week-end au Vieux Campeur à chiner des piolets et des chaussures de marche en vue d’une ascension des monts d’Arrée avec un vieux sandwich au pâté Hénaff en guise de coupe-faim, soit parce qu’on tient James Franco pour l’acteur le plus sexy en activité et que la perspective de le voir souffrir en short pendant une heure et demie au fond d’une faille dans l’Utah, le bras écrasé par un gros caillou, obligé de boire son urine à la paille avant de se résoudre à se tailler l’avant-bras au canif, nécessite de voir le film au moins quatre fois d’affilée. Dans l’un ou l’autre cas, 127 Heures remplit le contrat.

L’histoire vraie d’Aron Ralston, 26 ans, parti seul et sans prévenir personne en vadrouille dans le Canyonlands National Park, puis tombé dans un trou, bloqué et libéré dans de spectaculaires circonstances d’automutilation, est une histoire propre à allécher n’importe quel producteur. En avoir confié la réalisation à Danny Boyle est peut-être le gage d’un certain succès public, mais l’Anglais, encore auréolé de la réputation internationale de son Slumdog Millionaire (après d’autres hits tels que Trainspotting ou 28 jours plus tard) est trop agité du bocal, trop obsédé par la crainte qu’une seconde d’ennui puisse se glisser entre les rouages rutilants des bécanes qu’il conduit à toute blinde, pour atteindre le cœur flippant de ce récit de la mort lente. Car en définitive, on devrait être plus proche du cauchemar à la Edgar Allan Poe que du spot de prévention sur le trekking en solo.

On sait que Ralston avait en tête pour modèle la Mort suspendue de Kevin McDonald qui, mêlant images documentaire et reconstitution fictionnée, revenait sur le calvaire de l’alpiniste Joe Simpson tombé dans une crevasse, la jambe cassée, laissé pour mort au cours d’une grimpette du Siulá Grande dans les Andes péruviennes. Or 127 Heures, à côté de ce film plutôt exemplaire, ressemble à une boule disco (à un moment donné en bande son, il y a même Ça plane pour moi de Plastic Bertrand !). Franco fait ce qu’il peut pour grimacer d’angoisse mais on voit bien que, le soir, il rentre à l’hôtel et se tape la cloche au buffet comme tout le monde. Le cas Boyle est interessant car il opère régulièrement la synthèse du cinéma et du tourisme. C’est grâce à la Plage, en 2000, que l’île de Koh Phi Phi est devenue non un spot paridisiaque mais une des plages les plus bondées de Thaïlande. On peut parier que le Canyonlands va à son tour connaitre une explosion de sa fréquentation suite à ce clip stressant.

Paru dans Libération du 23/02/2011


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