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jeudi 19 mars 2009 10:35

  • télévision

16 minutes chrono avec Bauer

Interrogatoire. Sous une fausse identité, rencontre avec le héros de « 24 Heures ». 

par Erwan Cario

tags : séries , 24

Photo Twentieth Century Fox Film Corp

Précédemment, dans 16 minutes chrono. Hôtel Georges V à Paris, salon Louis XIII. On m’a demandé d’être là à 16 h 40, sous une fausse identité. Celle d’un collègue qui a eu un empêchement. Mais on ne pouvait pas changer le nom, paraît que les Américains sont un peu tatillons. Tît. Tit. Tît. Tit. Tît. Les événements suivants se déroulent entre 16 h 51 et 17 h 07. L’histoire se passe en temps réel. Derrière la porte, il y a Kiefer Sutherland, alias Jack Bauer dans la série 24 Heures Chrono, dont la septième saison est actuellement diffusée aux Etats-Unis, en attendant Canal + en septembre. Nous sommes trois journalistes. Vingt minutes. Ah non, il faut rattraper le retard, on aura moins.

16 h 51.Entrée dans le salon, Kiefer Sutherland est là, bien rasé, souriant. On s’assied. « Comment allez-vous  ? » Pas de ça avec nous, Jack. C’est nous qui posons les questions. Il n’y a pas de fils électriques dénudés à portée, mais on va se débrouiller.

16 h 53.« Cette saison, on n’a pas vraiment voulu réinventer la série. On a changé de style, plutôt. Jack Bauer est de l’autre côté, sur la défensive. Il commence sur le banc des accusés et, même s’il se ­défend, il se pose des questions sur ce qu’il a parfois été obligé de faire. Je crois que c’est un homme bien, qui ne fait pas ­toujours les bons choix. » Un interrogatoire commence toujours lentement. Tout est normal.

16 h 55.« Cette saison se concentre sur l’état d’esprit de Jack. Sur son évolution. Ce n’est pas comme un film où on désamorce la bombe à la fin et on passe vite au générique. » Et alors, Jack va changer d’avis  ? « Si je vous le dis, je vous raconte la fin. » Dur à cuire, le Jack.

16 h 56.« Jack Bauer ne gagne vraiment jamais. Quand vous sacrifiez dix vies pour en sauver cent, vous n’avez pas gagné. »

16 h 57.Fini de rire. On attaque les choses sérieuses.« Je n’ai jamais entendu parler de quelqu’un qui, après avoir vu un épisode de 24 Heures, ait été pris d’une subite envie de torturer. C’est ridicule. La torture dans la série a été avant tout un mécanisme dramatique. Dans une série comme Dexter, le héros est quand même serial-killer  ! C’est du divertissement, avant tout. On ne va quand même pas remonter à Marathon Man et aux dents de Dustin Hoffman ? »

16 h 59.« Mais le débat et la polémique qui ont lieu aux Etats-Unis en ce moment sont passionnants. Sur l’Irak, sur Guantanamo. C’est fantastique que ces sujets arrivent sur la place publique. »

17 h 01.« Il y a sept ans, un président des Etats-Unis noir permettait de mettre en place un espace-temps différent pour la série. Mais c’est logique que ça arrive un jour dans la réalité. Dans cette saison, c’est une femme. Et il est tout aussi évident que ça arrivera. Les scénaristes de 24 Heures ne sont pas des devins. »

17 h 03.« Aujourd’hui, vous êtes sans doute la personne qui comprend le mieux la psychologie de Jack Bauer. Ça vous arrive de travailler avec les scénaristes  ? » Bon sang, mais c ’est quoi, cette question moisie  ? Je suis en train de perdre mes moyens, c’est sûr. Il est très fort. « Depuis le début de la série, l’équipe de 24 Heures est restée pratiquement la même. Ça a été possible car chacun respecte le travail des autres. Les scénaristes écrivent et les acteurs jouent. Mais on se parle. C’est arrivé souvent qu’un scénariste vienne me demander mon avis. »

17 h 05. Les attachées de presse française et américaine entrent dans la pièce. La tension monte. « Dans une saison de 24 Heures, les choses ne se passent jamais parfaitement bien. Il y a toujours des erreurs et des trucs qui ne vont pas. C’est aussi pour ça que ça marche. Personne ne finit une journée en criant  : “Super  ! Cette journée s’est passée parfaitement bien  !” » Hein  ? Kiefer vient tout juste d’élever la voix, et les bras. Après un quart d’heure sous tension passé à écouter sa voix posée, nous sommes un peu sous le choc.

17 h 07.Sur le point de lui demander s’il n’aurait pas envie de voir Bauer rire aux éclats, un bon coup, juste une fois, un terroriste de confrère nous prend de vitesse  : « Pour cette saison, est-ce que vous ne pensez pas que… » « On va devoir arrêter là », réplique Kiefer. Et il est inutile de négocier. Dernier mot de Jack  : « Cheers. » On croise cinq ­journalistes qui s’apprêtent à passer Bauer à tabac. Ils ont dix minutes. Tît. Tit. Tît. Tit. Tît.

Paru dans Libération du 19 mars 2008

Sur le même sujet :
- Un Jack Bauer de mi-saison pour calmer les toxicos
- 24 heures : La saison 7 reportée
- 24 heures chrono : les premières images de la saison 7


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