mardi 26 septembre 2006 12:58
2020, des plans sur le Net
Dans une étude très sérieuse, près de 750 experts de tous horizons ont anticipé sur l’avenir de l’Internet. Leurs conclusions.
© Stephen Eick, Bell Labs / Visual Insight
Quel sera le futur de l’Internet ? Une étude de l’institut américain Pew et d’Elon University a interrogé 742 experts de tous domaines pour savoir comment ils envisageaient les effets du réseau sur la vie sociale, économique et politique en 2020 (1). Signe des incertitudes autour de l’avancée des nouvelles technologies, le tableau prospectif final de 115 pages publié dimanche est parfois en demi-teinte. S’il y a un consensus sur l’évidente expansion du réseau, il est moindre quant il s’agit de son impact. Les experts apparaissent notamment divisés sur une question-clé : l’Internet en 2020 bâtira-t-il un monde meilleur ou pire ? Certaines des lignes esquissées sont peu rassurantes. Planétairement déployée en 2020, la Toile produira des techno-terroristes, des drogués du virtuel et de moins en moins de sphères privées. Mais tout n’est pas noir... L’Internet partout
Des ilôts de résistance
Un population dépendante
Un monde plurilingue
(1) Enquête menée entre novembre 2005 et avril 2006, très intéressante à lire in extenso du point de vue qualitatif, sur www.pewinternet.org/. A regarder de près aussi « Imagining the Internet ; a history and forecast », où se trouvent recensées plus de 4000 prédictions sur le futur de l’Internet, énoncées au début des années 1990. Le site a ensuite ajouté des prévisions sorties d’études datant de 2004 et 2006 (texte, vidéo et audio), avec même une section enfants. Et, chacun peut y poser sa pierre.
Concernant la diffusion de l’Internet, une majorité d’experts (56 %) pensent qu’il sera accessible partout sur le globe à moindre coût, contre 43 % de sceptiques. Chaque individu aura sa chance, selon 42 % des spécialistes, dans un monde « aplati » où la circulation de l’information effacera les frontières nationales au profit des villes-Etats ou des communautés d’intérêts diverses. Revers de la médaille, cette globalisation exposera davantage la vie privée des citoyens. Ainsi, 49 % des experts (contre 46%) estime que le bilan sera globalement négatif à cause de la pénétration des données privées. « Avant 2020, chaque nouveau bébé d’un pays industrialisé disposera d’une puce implantée. Officiellement utilisée pour ses données médicales et personnelles, elle sera également utilisée pour tracer et contrôler. » (Michael Dahan, professeur au Sapir Academic College en Israël)
Des gens resteront imperméables à la pénétration planétaire du réseau. Evoquant également des raisons économiques, une majorité (58 %) des spécialistes imaginent aussi que d’ici à 2020 des groupes de « refuznik » hostiles à la technologie feront leur apparition. Ils formeront leur propre groupe culturel qui vivra en marge de la société moderne. Certains iront jusqu’à avoir recours à des actions terroristes pour protester contre la technologie. « Chaque époque compte un petit pourcentage de personnes qui s’accrochent à un passé sublimé où la technologie était absente, les gens étaient autosuffisants et avaient besoin de peu pour vivre », explique ainsi Ed Lyell, un expert sur les questions d’éducation et d’Internet. Cependant, 35 % des spécialistes interrogés ne partagent pas cette idée d’un scénario où émergerait une forme de technoterrorisme.
Les « connectés » passeront de plus en plus de temps online. La réalité virtuelle offrira des gains de productivité (selon 56 % des experts). Mais elle fera naître de nouvelles formes de dépendances et produira bon nombre de drogués des mondes virtuels. L’homme n’aura pas encore entièrement disparu de certains secteurs totalement automatisés. « Il existe une forte probabilité que la réalité virtuelle devienne moins virtuelle et plus réelle pour beaucoup », avance Barry Chudakov, un chef d’entreprise. Cependant, je vois ça comme un phénomène d’addiction qui nous aidera probablement à comprendre des dimensions inexplorées de l’être humain. »
La plupart acceptent l’idée que l’anglais sera la langue de communication des réseaux dans la décennie qui vient. Mais 57 % des experts ne croient pas qu’elle dominera au point de tuer d’autres langues, même si 42 % pensent le contraire. Le mandarin et d’autres langues devraient accroître leur influence en ligne. « Le chinois a les capacités d’être le gagnant. L’espagnol, aussi. Le russe ! Le coréen ! », selon Cory Doctorow, blogueur et co-fondateur de Boing Boing. Les paris sont ouverts.
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