vendredi 25 mars 2011 10:33
3DS, Nintendo gagne une vie
Sortie aujourd’hui de la nouvelle console portable du constructeur nippon. Au menu : du relief sans lunettes.
par Olivier Séguret
DR
La première surprise, lorsqu’on tient enfin entre les mains la 3DS (250 euros, environ), c’est de constater à quel point la nouvelle console portable de Nintendo est d’abord et avant tout… une DS. Ce n’est pas de la naïveté ni une tautologie. Après plus de six ans de bons et loyaux services rendus par la petite machine à deux écrans dont l’un tactile - ce qui constituait à l’époque une exclusivité -, on aurait pu imaginer que Nintendo profite de sa nouvelle proposition exclusive, le relief sans lunettes, pour lancer une console entièrement inédite. Ce n’est donc pas le cas, mais cela n’empêche pas la 3DS, profondément remaniée, d’avoir de grandes ambitions et de bénéficier d’un lancement équivalent à celui d’une nouvelle machine. Premières impressions en trois dimensions. 1. Dimension techno. Le relief dans la poche et sans lunettes : voilà l’argument massif et massue sur lequel Nintendo capitalise depuis près d’un an, après une première présentation de la console auprès des pros de l’E3, en juin 2010, qui produisit l’un des plus beaux wow factor de l’histoire de cette industrie. Mais, si un « effet impressionnant » est le meilleur allié du marketing au moment du lancement, il ne peut prétendre à la durabilité. Outre le relief (celui des jeux mais aussi des photos), la 3DS subit un reboot complet dans son hardware, son design et ses fonctionnalités. Sa connectivité multiforme, son futur magasin d’applications et ses propositions de réseautage social marquent un net progrès par rapport à la médiocre ergonomie des services online jusqu’ici proposés par Nintendo, Wii comprise. 2. Dimension stratégique. Si le relief forme l’avantage compétitif de choix de la 3DS, son ambition ne s’y limite pas. En termes de stratégie, ce sont plusieurs pions que Nintendo avance à la fois. Après des années de dénégation, le constructeur nippon a pris la mesure du danger que représentait le briseur de modèles, celui qui ourdit la disruption des marchés : l’arrogant, vaniteux et irrésistible Apple. D’abord avec la musique en ligne, dont la maison Jobs a dicté les principes, puis la téléphonie dite « smart » dont elle capte les plus gros bénéfices, Apple ne cesse de bousculer les positions établies dans l’industrie du jeu, avec ses produits petits (iPhone, iPod) ou grands (l’iPad 2 déjà salué comme la tablette la plus game-friendly du marché). Avec la 3DS, Nintendo organise l’évolution qui lui évitera peut-être de se retrouver coincé dans le modèle historique qui a fait sa gloire et sa fortune : détenteur des licences parmi les plus belles (Mario, Zelda, Pokémon, Metroid, Donkey Kong, etc.) qu’il a pris l’habitude de faire payer au prix fort, le géant doit troquer son savoir-faire commercial daté contre une mise à jour de son propre logiciel. Avec la 3DS, ce sont aussi la dématérialisation, le téléchargement, le micropaiement, la variété des modes de consommation des produits et de leur échelle de prix qui entrent dans la culture de la maison Mario. 3. Troisième dimension. C’est la plus difficile à définir d’un mot mais c’est pourtant la plus importante, celle qui décidera en dernier ressort de la pertinence et de la validité de ce nouvel objet tentateur. C’est la dimension imprévisible de son attrait ludique, de son empreinte culturelle, de son potentiel artistique auprès des développeurs, de son adaptabilité au capricieux consommateur moderne et, peut-être, de son influence comportementale. Bref, quel sera l’apport de la 3DS à la création et à la culture vidéoludiques et de quelle charge affective les gamers l’investiront-ils ? En ce jour de lancement, personne n’a la réponse. -> Ecoutez le Podcast Silence on joue ! consacré au lancement de la 3DS.
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