samedi 14 mai 2011 09:57
Info, pub, programmes... : ce qui cloche à TF1
par Isabelle Roberts, Raphaël Garrigos
tags : série , publicité , TF1 , audience
DR TF1
Avec Ferrari, le 20 heures dans le rouge Surtout, surtout que l’écart d’audience entre le 20 heures de TF1 et celui de France 2 ne se réduise pas. C’était là — officiellement — la seule mission fixée à Laurence Ferrari par Nonce Paolini, patron de TF1, qui était allé la ravir en 2008 à Canal + pour remplacer la momie PPDA en poste depuis vingt et un ans. Raté : lundi dernier, la Une réunissait 5,8 millions de téléspectateurs devant sa grand-messe, quant 5 millions regardaient France 2, soit 3,3 point de part d’audience de différence, autant dire peanuts. C’est là le plus petit écart jamais enregistré entre les deux JT. TF1 a beau rétorquer que deux jours après ce funeste lundi, elle refaisait la différence, il y a un problème, et il dure depuis l’arrivée de Ferrari. La plus mauvaise audience de PPDA en juin 2008 était de 30,8 % : lundi, Ferrari était à 24,9 %. Depuis début 2011, la chute du 20 heures de TF1 s’est accélérée. En cause, les révolutions dans les pays arabes qui ont encore plus fait fuir les téléspectateurs vers Plus belle la vie sur France 3 ou Scènes de ménages sur M6. Résultat : en mars, Michel Floquet, rédacteur en chef du 20 heures, arrivé avec Ferrari, saute, remplacé par Anne de Coudenhove venue du 13 heures de TF1. « Un fusible », juge-t-on à la rédaction. Laurence Ferrari peu populaire passera-t-elle le mercato du printemps ? Et la directrice de l’info, Catherine Nayl, dont on dit qu’elle pourrait être épaulée, voire débarquée ? TF1 dément tout changement, mais des études qualitatives sur l’info ont été menées dont rien n’a filtré, même à l’issue d’un séminaire de l’info qui s’est tenu la semaine dernière. Résumé d’un journaliste : « La ligne éditoriale, c’est n’importe quoi, on navigue à vue. C’est panique à bord. »
« Carré Viiip » ou les fiascos de la télé-réalité Jetez un œil à TF1 ce soir, c’est rajeunissement assuré. 20 h 45 : Qui veut gagner des millions ?, onze années au compteur. En deuxième partie de soirée, conformément à la vieille tradition de la Une de programmer de crapoteux magazines sitôt la nuit tombée, on aura droit à C’est quoi l’amour ?, créé en 2000, suivi de Confessions intimes, lancé en 2001. Mais ce serait oublier, à 19 h 05, la Roue de la fortune, décryogénisée des années 80 par les prédécesseurs de Nonce Paolini, comme le Juste prix… Mais le PDG de TF1 a su susciter un élan créatif : il y eut la Cauetidienne, pochade scato arrêtée après un mois d’atroces souffrances ou, tout récemment, le retrait, au bout de deux semaines, de la télé-réalité Carré Viiip dont les Français n’ont pas saisi le second degré… Familles d’explorateurs, un Koh-Lanta à la papa, qui a suivi, a aussi mordu la poussière. Mais plutôt que de la supprimer, TF1 a remonté et raccourci l’émission : normal, il n’y avait plus rien en stock, même les sempiternels Experts… Créativité encore : à la suite de M6, la Une s’est emparée à l’automne 2010 de la téléréalité culinaire avec Masterchef. Battue plusieurs fois par la Six, l’émission a rassemblé au mieux 5,9 millions de téléspectateurs quand le moindre épisode de Dr House en électrise 8,5 millions. Pour se consoler, TF1 se targue de toujours séduire la ménagère de moins de 50 ans, éternelle chérie des annonceurs. L’argument d’une télé qui n’arrive plus à attirer grand-chose d’autre.
« Les Experts » jusqu’à l’overdose Dimanche soir, ils étaient 6,4 millions à 20 h 45 devant les Experts. Mardi, 2 millions de plus, soit 8,4 millions de personnes — un téléspectateur sur trois — à regarder le Dr House faire semblant de se palucher. Mercredi, un peu moins mais bon, tout de même 8 millions de téléspectateurs ont suivi les aventures des chasseurs de serial killers d’Esprits criminels. Et c’est la même chanson à chaque diffusion d’une série américaine sur TF1 qui, sans Experts ni House, aurait certainement déjà sombré sous la barre des 20 % de parts d’audience. La recette est facile et la Une la sert jusqu’à plus soif : dans la semaine du 19 au 25 mars, la chaîne a carrément diffusé — et on ne parle là que des soirées — dix épisodes des Experts… C’est bien la seule force de TF1, mais pour combien de temps ? La Une a perdu son contrat avec la chaîne américaine ABC, envolé il y a plusieurs mois déjà vers M6 (mais, délais de production obligent, c’est maintenant que ça va commencer à se voir). Et Nonce Paolini doit mettre des cierges pour que les studios sous contrat avec TF1, comme Universal et Warner, restent aussi créatifs en matière de séries. Plus que les Français en tout car, depuis des années, TF1 peine à renouveler sa fiction et ses vieux héros récurrents façon Navarro : les tentatives de singer les séries policières américaines ont rencontré un succès plus que mitigé… Et la Une renoue-t-elle avec le succès en diffusant Clem en 2010 (9,4 millions de téléspectateurs) que la suite en 2011 en perd 3 millions. La guigne…
Un pactole qui s’amenuise La loi de la télé privée est impitoyable : en cas d’échec, il faut rembourser les annonceurs. Eh oui, ces braves gens ont lourdement investi sur la promesse, il est vrai magique, que la seule vision de Giuseppe et Cindy jouant la bête à deux dos dans Carré Viiip rameuterait les foules devant TF1. Et non seulement, il faut rembourser mais il faut en plus revoir ses tarifs à la baisse. D’où le recul, annoncé hier soir par la Une, de son chiffre d’affaires publicitaires de 9,5 millions d’euros pour le premier trimestre de 2011. Qu’on se rassure, même si TF1 peine à remplir ses écrans la réclame continue tout de même à rapporter un peu à TF1 : la bagatelle de 353,3 millions d’euros pour ce début d’année quand, en 2010, un riquiqui milliard et demi d’euros a pu être récolté grâce à la pub. Ce qui peut paraître un peu élevé mais après tout ce n’est que 1 000 fois le salaire (du moins sa part variable) du PDG de TF1, Nonce Paolini. On rigole mais c’est pas facile tous les jours. En rachetant des chaînes de la TNT (TMC et NT1), Paolini tente de récupérer d’une main les téléspectateurs perdus de l’autre sur la Une. Ainsi, l’audience globale du groupe TF1, toutes chaînes comprises, friserait les 30 %. Sauf que, sur la TNT et malgré son gros succès d’audience, les tarifs publicitaires n’ont rien à voir avec ceux pratiqués sur les « grandes » chaînes. Encore raté. Paru dans Libération du 13 mai 20111/ L’information
La roue de la fortune - DR2/ Les programmes
Les Experts - DR3/ Les séries américaines
DR4/ La publicité
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