vendredi 12 décembre 2008 12:10
A France 3, les locales rament pour leurs plages
Après l’annonce de la suppression d’un deuxième décrochage, les journalistes de ces éditions de proximité devraient se mettre en grève la semaine prochaine.
par Xavier Renard
tags : politique , France Télévisions
Le Mans, envoyé spécial
Le préavis de grève n’est pas encore déposé, mais les personnels de la quarantaine de locales de France 3 vont débrayer mardi ou mercredi à l’appel de la CGT. Un mouvement qui devrait être massif. La grande majorité des locales (Brest, Le Mans, Le Havre, Perpignan, Marseille, Corrèze…) ont répondu présent. « Je n’ai jamais vu une telle union depuis que je travaille à France 3. Les gens en ont ras-le-bol. L’annonce de la suppression de la publicité, et toutes les réorganisations que cela suppose, s’est faite beaucoup trop vite. Sans concertations », déplore William Colin, journaliste au Mans. Pour le personnel des rédactions départementales, la suppression de la deuxième diffusion du journal local à 19h57 est l’annonce de trop. « Il sera remplacé à partir du 5 janvier par de la publicité. Car au-delà de 20 heures, la chaîne ne pourra plus en programmer. On nous dit qu’il faut faire rentrer de l’argent. Mais cette perte ne devait-elle pas être compensée au centime près ? », interroge Marie-Aymée Ide, l’une de ses consœurs du Mans. D’autant plus incompréhensible, à ses yeux, que les chiffres de cette deuxième diffusion sont bons. A 18h48, ils sont 60 000 téléspectateurs et 82 000 une heure plus tard. « Sur une population de 150 000 habitants, c’est quand même pas mal ! », se délecte Willy Colin. Entre 2007 et 2008, selon Médiamétrie, l’audience dans la Sarthe a même gagné 14 %. Idem dans le Finistère, autre locale de poids du Grand Ouest : « Nous sommes à 70 000 téléspectateurs à 18h48 et à 86 000 à 19h57, où l’on touche une autre population, des cadres, des actifs, des professions libérales... », analyse Bruno Gilbert, délégué du personnel à Brest. Cette formule en deux temps a donc donné des gages en termes d’audience. « Notre direction n’en disconvient pas. Mais elle nous répond qu’elle a retourné le problème dans tous les sens et qu’elle ne peut pas faire autrement », raconte Bruno Gilbert. Les éditions locales ont donc proposé de décaler cette édition à 20h30, après Plus belle la vie. Option recalée par la direction qui a annoncé un nouveau décrochage régional après le Soir 3, vers 23 heures. Là encore, le compte n’y est pas : « Il sera confié aux BRI (bureaux régionaux d’informations) qui feront la sélection des sujets. A Nantes, l’information est surtout tournée vers le littoral. Est-ce que les téléspectateurs de la Sarthe ou en Mayenne se sentiront concernés ? Où est l’info de proximité ? », s’inquiètent les journalistes du Mans. De plus, « ce tout en images devra être bouclé à 20h30, les régions ne pourront pas le réactualiser », explique Carole Petit du SNJ. En creux, c’est la survie des bureaux départementaux qui est en jeu. « Lorsque la SNCF veut fermer une gare, elle réduit le nombre de dessertes, et au bout de quelques mois, elle déplore une baisse du trafic. Pour nous, c’est la même logique, s’inquiète Colin. On nous enlève la meilleure plage horaire. Qui nous dit que dans un an, faute d’audience, la direction ne décidera pas de tout concentrer en région ou dans les plus grosses rédactions ? »
Il y a 0 réaction à cet article.
Lire les réactions.Réagir à cet article.
Partager cet article
Partager TweetSur les mêmes thèmes:


