dimanche 21 décembre 2008 11:28
A Noël, la Saint-Nicolas
« Libération » a vécu avant l’heure le réveillon cathodique de ceux qui ont fait – ou défait – le PAF en 2008. A commencer par celui du président de la République.
par Isabelle Roberts, Raphaël Garrigos
tags : politique , publicité , France Télévisions , loi sur l’audiovisuel
Crédit : Laurent Blachier
C’est un beau présent que le Président a décidé d’offrir aux Français. Pendant que son bon peuple fêtera Noël autour d’un sapin pelé au pied duquel s’agenouilleront des enfants aux joues creusées par la faim en attendant d’ouvrir le seul cadeau (c’est une poupée vaudou à l’effigie de Bernard Madoff fabriqué avec un rutabaga et deux pommes de terre), Nicolas Sarkozy portera au-delà des mers la splendeur de la France : quelques jours de vacances bien méritées au Brésil en compagnie de Madame. Pour autant, le Président se tiendra informé minute par minute de l’état de ses concitoyens, et notamment de leurs préoccupations cathodiques, sa grande passion. Il a d’ailleurs veillé personnellement, avant de partir, à ce que les programmes du réveillon de Noël soient une source d’émerveillement pour les Français. Tringlant furieusement l’espace-temps, Libération est déjà en mesure de vous raconter les Noël télévisuels des personnalités qui ont fait l’actualité du petit écran. « Et ces aveux il ne pouvait plus les oublier. Son âme les charriait, les rejetait, les berçait, comme des cadavJE VAIS A RIO ! » Interrompant Christine Albanel dans la relecture de son livre préféré, Un amour de Swann, Claude François jaillit du téléphone portable de la ministre de la Culture. Un truc mis en place par Franck Louvrier, dircom du Président, pour que, grâce à sa tonitruante sonnerie personnalisée, chaque membre du gouvernement identifie illico l’auguste correspondant. « Salut, c’est Nicolas, tu regardes quoi ? » La ministre balbutie, cherchant son conseiller des yeux. « ...A la télé, tu regardes quoi ? » Panique rue de Valois : « La télai ? Mais c’est quouâ ? » A l’attention de sa ministre, le conseiller pointe un index dans Télérama : M6, 10h05. « Oui, Nicolas, comme vous me l’avez dit, Le mystairieux vôyâge de Mârie-Rôse, de Chantâl Goyâ ». Le porte-parole de l’UMP est en train de rédiger un communiqué intitulé « Déshonneur de la télévision publique » où il fustige la diffusion sur France 3 à 13h50 d’un Derrick intitulé « Un truc super » juste une semaine après la mort de Horst Tappert. « HO HOU HO, QUAND TU SOURIS... » Lefebvre décroche. « Allô, c’est Nicolas, tu regardes quoi ? » Le porte-parole jette un œil sur son écran où, sur TF1, s’agite la petite souris de Stuart Little : « Ahem, heu, le best-of de Toute une histoire, sur France 2. Tout cet argent versé dans les poches de Delarue ! Je vais faire un communiqué à l’AFP ». Télécommande en main, le propriétaire de TF1 est en train de pester : « Non, mais c’est de la distortion de concurrence ! » Soudain : « TU M’ENTRAÎNES DANS LA FOULE / D’UNE FÊTE QUI DEROULE SES AILES... » Bouygues décroche : « Ah tu tombes bien, je suis sur la Deux, là, tu sais quoi ? Ils diffusent Maman j’ai raté l’avion... Oui... Bon, je compte sur toi, hein ?... Bisouilles à Carla et à mon filleul » Enfin un peu de calme. De sa longue foulée, le président de France Télévisions arpente les arênes de sa bonne ville d’Arles. « HO HOU HO ». Soupir. « Oui, président ? L’interdiction des films américains sur le service public, mmm, pourquoi pas ? ... Effectivement, nous les cherchons encore les Claude Santelli du XXIe siècle... Comment ? Que j’annonce moi-même l’interdiction lors du prochain conseil d’administration de France Télévisions sinon couic ? » Ils sont tous là, chez l’élu Vert, les députés d’opposition qui, plus de trois semaines durant, ont combattu la loi sur l’audiovisuel pied à pied, multipliant les amendements, les défendant longuement. Installés devant Wallace et Gromit sur M6, ils s’apprêtent à trinquer. D’abord, Didier Mathus (PS) prend la parole et, pendant cinq minutes, explique le sens de ce toast. C’est au tour de Marcel Rogemont (PS) de défendre son toast, quasi identique. Puis, Patrick Bloche (PS). Il est 21h50 et le punch tiédit. « Quatre, je vous en ai envoyé quatre, et toujours pas une dépêche », hurle-t-il au téléphone à l’intention du desk de nuit de l’AFP. Cette fois, le communiqué de Lefebvre s’énerve sur Le Bêtisier de Noël que France 2 diffuse depuis 20h50 : « L’UMP s’indigne de l’attitude provocatrice de la télévision publique s’abaissant à programmer un bêtisier alors que TF1 n’a pas encore commencé le sien et que M6 l’ a déjà terminé. » « HO HOU HO ». La ministre s’arrache du Noël des Petits chanteurs, oui, ceux à la croix de bois, recrutés par France 3 pour bramer Petit papa Noël. « C’est Nicolas, tu regardes quoi ? » Albanel : « Le mariage de Figaro sur Artai. » Sarkozy : « Les Français, y sont comme moi, Arte, y z’aiment pas. Et pourquoi j’le dirais pas ? Les Français, y z’aiment les vrais chanteurs, tiens, zappe chez Vincent, c’est la finale et y a Gilbert ». La ministre zappe et de fait, Direct 8, la chaîne de Bolloré, retransmet la finale de la télé-réalité musicale pour enfants. L’école des stars, avec Gilbert Montagné. Ça rappelle de bons souvenirs, la Concorde, le 6 mai 2007... Un « HO HOU HO » comminatoire interrompt le président de France Télévisions absorbé par ce docu de France 3 retraçant l’histoire des magiciens américains Siegfried et Roy. « T’as pensé à mon enregistrement ? » Carolis opine. Depuis 19h45 et malgré ses protestations, il enregistre pour Sarkozy les concerts de Johnny Hallyday que diffuse RTL 9. « Attends, Patrick, les Français, y sont comme moi, y z’aiment pas que j’ai des connivences avec les chaînes privées. » Alors, Carolis enregistre. Dans le docu, un tigre entreprend de manger Roy. Carolis l’envie presque. A genoux devant son luxuriant sapin, Martin Bouygues déballe ses cadeaux et c’est un concert de ravissement : « Ohhhh, une deuxième coupure pub... ! Ca faisait tellement longtemps que j’en avais envie ! » « Ohhhh, la taxe baissée de moitié, quelle bonne surprise ! », « Ohhhh, l’augmentation du volume de la pub, qu’est-ce que je suis gâté ! » Et soudain : « QUE TOUTES LES CYMBALES/DU CARNAVAL » Martin a les yeux qui brillent : « Le père Noël ! » « Oui bon hein et mon petit cadeau à moi, Martin ? » Martin Bouygues tend le téléphone vers l’écran de télévision où retentit Les lacs du Connemara. Quand on aime, on ne compte pas : TF1 n’a pas hésité à remplacer la traditionnelle messe de Noël par un concert de Michel Sardou. Finalement, c’est une belle soirée pour le porte-parole de l’UMP. Son 17ème communiqué, fustigeant la violence des programmes de Noël sur France 3 qui diffuse une Nuit Albator a été repris par l’AFP où il semble qu’on ait picolé. Lefebvre peut se détendre en écoutant, sur France 2, le concert de son groupe préféré : Il Divo, des chanteurs lyriques qui reprennent du Abba. « JE VAIS A RIO ! » Bouygues est d’humeur joueuse. « Allez, Nicolas, on se refait un “Ni oui, ni non”, comme à Noël dernier, et celui qui perd a un gage. » A l’autre bout de la planète, Sarkozy : « Pas question, l’an dernier, j’ai perdu et j’ai dû supprimer la pub, là c’est non ». Bouygues : « Perdu ». Paru dans Libération du 20 décembre 200810h05, chez Christine Albanel
13h55, chez Frédéric Lefebvre
14h55, chez Martin Bouygues
14h56, chez Patrick de Carolis
20h50, chez Noël Mamère
22h04, chez Frédéric Lefebvre
22h24, chez Christine Albanel
23h30, chez Patrick de Carolis
0h25, chez Martin Bouygues
1h20, chez Frédéric Lefebvre
2h07, chez Martin Bouygues
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