jeudi 3 avril 2008 07:45
A corps (virtuels) et à cris
Installations numériques et performances à Exit, qui se tient à Créteil jusqu’à dimanche.
par Marie Lechner
tags : musique , exposition , festival , second life , Art
The Singing Sculpture de Gilbert&George rejoué par Franco et Eva Mattes dans Second Life - DR
Mieskuoro Huutajat a l’air d’un chœur d’hommes comme les autres, alignés droits comme des i, en costume-cravate noire. Mais de leur bouche grande ouverte ne sortent que des cris. Les Hurleurs de Oulu, au nord-ouest de la Finlande, s’époumonnent avec conviction. Le visage rougeoyant, déformé par l’effort, ils vocifèrent hymnes nationaux et chants patriotiques, Danube bleu et Marseillaise, comptine finlandaise et article du traité d’Amsterdam. Pour le festival Exit, à Créteil, le chœur a même éructé une « nouvelle pièce commissionnée par le ministère de l’Education et Sarkozy » dont le libretto était le rapport de l’Inserm sur la détection des comportements déviants dès la crèche, l’outrance dans l’interprétation rajoutant au grotesque des paroles. Le résultat est étonnamment musical, plus proche de la poésie sonore expérimentale que de la chorale, explosion d’onomatopées et d’inventions vocales, exutoire au mal-être conteporain. Une forme primale, programmée mardi dans le cadre de la saison 100 % Finlande à Paris. Insolite dans le contexte d’Exit, voué aux arts électroniques qui se veut défricheur de nouvelles formes, au croisement du spectacle vivant et des arts numériques. Tel ce Welcome to Nowhere des New-Yorkais Temporary Distortion, enfermés dans une boîte de plexiglas surmontée d’un écran panoramique. Le dispositif, entre installation, cinéma expérimental et théâtre, est prometteur ; mais le road-movie onirique, qui surfe lourdement sur l’esthétique lynchéenne, se perd dans l’accumulation de clichés. (voir vidéo ci-dessous) En les transposant dans cet univers désincarné, ce sont les œuvres originales que le duo questionne. Dans une société anesthésiée par les médias, ces performances transgressives d’antan sont presque aussi impuissantes que leur version virtuelle. Le duo italien, également présent dans l’exposition Immersion avec ses portraits stéréotypés d’avatars, questionne inlassablement les notions de plagiat, d’originalité, de reproductibilité à l’ère du numérique. Pour eux, « il n’y a pas de distinction entre la réalité et la fiction, les faits et la fantaisie, l’authentique et le simulé. Rien n’est vrai, tout est possible ». La dernière soirée du festival - samedi - est consacrée aux rencontres de la musique et de l’image, autour du label new-yorkais DFA (Planning to Rock, Prinzhorn Dance School…). Exit à la Maison des arts de Créteil (94).
A guetter, demain, les Synthetic Performance de Franco et Eva Mattes, qui rejouent les performances emblématiques des années 70 dans l’univers virtuel de Second Life, simultanément à Créteil et en ligne (lire article). Les Italiens réinterprètent entre autres Imponderabilia de Marina Abramovic et Ulay (face-à-face à l’entrée et contraignant le visiteur à se faufiler entre leurs corps nus), ou encore The Singing Sculpture de Gilbert&George qui, juchés sur une table, barbouillés de peinture bronze, dansent sur la chanson Underneath the Arche.
Jusqu’au 6 avril.
www.maccreteil.com/exit2008
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