mardi 14 juin 2011 10:49
A l’E3, la technologie entre en jeu
par Olivier Séguret
tag : E3
Amen - Photo Reuters
Envoyé spécial à Los Angeles Commençons par la fin : depuis que le rideau de l’E3 a été tiré ce week-end à Los Angeles, on commence à distinguer, parmi la nébuleuse de commentaires que l’événement a suscités, une moue de déception commune. En version lapidaire, disons que l’édition 2011 du plus grand salon mondial du jeu vidéo ne fera pas date dans le domaine qui devrait être son cœur : le jeu. Ça tombe mal ? Pas tant que ça. Il y a en fait deux E3. Celui du public, constitué d’une foule de gamers de tous âges et de types sociaux de plus en plus diversifiés, venus en amateurs éclairés après avoir payé l’entrée. Ceux-là sont les premiers déçus par la qualité du sabbat 2011 : bruyant et stroboscopique, et pourtant pauvre en titres neufs, en découvertes. Mais il y a aussi l’E3 de l’industrie, qui n’a que peu d’occasions de se rassembler dans de telles proportions. Michel Ancel, le développeur français venu présenter son Rayman Origins, paraît prendre un grand plaisir à se trouver là. « L’industrie est par nature émiettée autour du monde, chaque studio étant comme une cellule isolée, engagée dans des processus solitaires. C’est bon aussi de se voir les uns les autres, les jeux, les gens. » Cette fonction de hub, plateforme par où devraient communiquer tous les étages de l’édifice jeux vidéo, l’E3 semble prêt à mieux en assumer les conséquences. De nombreux signaux ont démontré la croissance de la manifestation vers plus de maturité et d’autonomie. Avec des débats académiques : « La représentation des minorités dans le jeu. » Des dégagements universitaires : les Kinect Labs. Mais aussi, heureusement, avec des outrecuidances publicitaires : un parking repeint aux couleurs outrageous du jeu Saints Row : the Third, avec hôtesses en putes mauves arborant un tee-shirt « I do rim job » (que nous traduirons poliment par « Je fais des feuilles de rose »). Un pur enchantement carnavalesque et urbain…
Si cet E3 n’a pas été celui du jeu, il a été celui des machines… mais aussi celui où l’on a commencé à envisager leur disparition. Tandis que l’industrie battait salon en Californie, l’empêcheur de jouer en rond Apple tenait, à San Francisco dans le nord du même Etat, sa propre conférence. Les trucs en « i » avaient déjà passablement bouleversé le marché du jeu. Au moins deux nouvelles annonces en « i » ont dessiné leur impact. D’abord, le iCloud. Les plus gros éditeurs (Electronic Arts, Activision) ont eux aussi annoncé des services de stockage en ligne de données de jeu, que le joueur pourra utiliser à sa guise sur l’écran de son choix (télé, tablette, smartphone, etc.). Plus généralement c’est tout l’environnement de l’iOS 5 accompagnant le lancement du iCloud à l’automne qui est perçu comme dangereux. Notamment parce qu’il permettra des interactions entre iPad et TV, entre autres fonctions comparables à celle de la Wii U, qui reste la petite vedette, malgré tout, de cette édition. Nintendo a attiré l’attention en présentant un objet perturbant. La Wii U, première console HD du constructeur, propose une claire disruption avec la pratique conventionnelle du jeu. Elle ne ferme pas la route à la manière classique (rétrocompatibilité totale avec la Wii et ses manettes) mais offre une infinité de possibles pour d’autres façons de faire, jouer, développer, qui restent à inventer. La console elle-même n’a pas été dévoilée dans toutes ses propriétés pour mettre en valeur ce qui lui tiendra lieu de manette : un écran de contrôle avec gâchettes, joystick, etc. qui communique avec la télé, ou s’y substitue. Cette focalisation est aussi pour Nintendo un moyen d’occuper le terrain : il faudra attendre dix-huit mois au moins pour voir la Wii U dans les rayons. Au détour d’une interview, le très honorable créateur de jeu Nintendo, Shigeru Miyamoto, nous résumait : « Si on garde toujours des systèmes comparables, tous les jeux finissent par se ressembler. Là, nous plantons des graines pour tous les développeurs. C’est un défi à leur imagination. » « Il y avait comme un éléphant dans le salon » : les plus hautes instances de Sony sont venues s’excuser pour le catastrophique piratage du PSN et autres services en ligne de l’enseigne. Voulant conjuguer l’affaire au passé, l’effort médiatique a porté sur celle qui représente le futur de la marque : la PS Vita, qui succédera dans quelques mois à la PSP. Impression première : elle dégage un effet frappant de qualité, dans son ergonomie, son large écran, sa sensibilité tactile recto verso. Emmanuel Roth, animateur en chef sur le jeu Uncharted Golden Abyss - qui accompagnera le lancement - a pu interagir très tôt avec les développeurs de la Vita. « On leur disait : "Il nous faut deux joysticks analogiques !" Ils nous ont répondu qu’on les aurait, mais qu’on aurait aussi d’autres trucs qu’eux voulaient nous voir essayer. Sur Uncharted, on a poussé très loin les choix, tactiles ou pas. Le sentiment de grimper une corde en glissant les doigts sur l’arrière. Les points d’accrochage que l’on peut "peindre" de l’index, etc. »
Les confirmations (le prochain Zelda sur Wii, Mario Kart sur 3 DS), les blockbusters réguliers (Fifa 12… what a surprise), les titres espérés par les fans (Halo 4, début d’une nouvelle trilogie) et le cœur du marché mainstream (Modern Warfare 3, délirant de puissance exaltée mais toujours aussi haut de gamme, malgré le changement de géniteurs)… voilà qui ne suffira pas à rassasier les amateurs d’imprévu. Quelques exceptions : Ubisoft a révélé un shooter décalé exclusif à la future Wii U, Killer Freaks From Outer Space, où certains ont vu un accouplement de Critters et des Lapins crétins. A surveiller de près également, Gravity, annoncé par la Team Siren du studio SCEJ, un jeu d’aventure-action pour Vita. Ce titre, en provenance du Japon, est une exception. La situation de l’industrie nippone du jeu, si flamboyante autrefois, pourrait être ramassée dans cette estampe amère : le stand de Square Enix, studio phare de l’archipel, où étaient mises en vedette trois licences occidentales dont il est devenu propriétaire. Face à ce tableau, Koji Taguchi, l’un des hauts cadres de l’entreprise, n’a pu retenir un triste tweet : « Ce déclin des titres japonais est comme une humiliation. » Pour se rafraîchir les idées, il y avait enfin cette « fuite » bien organisée, en provenance de l’infernal troisième épisode de Saints Row, pour lequel on parie déjà une bien belle carrière : parmi les armes disponibles dans cet open world à la GTA en plus décadent, figure un gode mauve et géant. Ça calme ? Paru dans Libération du 13/06/2011Le hub
Photo ReutersMachine et antimachine
Nous, Vous, Ils
We are so Sony
Photo ReutersDes jeux malgré tout
Il y a 2 réactions à cet article.
Lire les réactions.Réagir à cet article.
Partager cet article
Partager TweetSur les mêmes thèmes:
E3 - Miyamoto : « La Wii U est un système qui ne dort jamais »



