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vendredi 2 avril 2010 12:37

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A vot’ bon clic

par Marie Lechner

tags : économie , Amazon , crowdfunding

Illustration Séverin Millet

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« Les internautes veulent aider les créateurs »

Peter Sunde a créé le système de rémunération Flattr.

Aujourd’hui, pour financer la création et l’information en ligne, la plupart des musiciens, artistes, blogueurs, vidéastes n’ont d’autres options que de demander l’aumône sur le Net. Plusieurs initiatives émergent, qui ont pour objet de favoriser le libre accès à la culture, grâce à un système de financement par le don.

Le pot à pourboire

Il apparaît au début des années 2000, en pleine crise des « dotcom ». Les revenus liés aux bandeaux publicitaires dégringolent et Google AdSense n’existe pas encore. En 2001, le pot à pourboire d’Amazon apparaît sur les pages d’accueil des sites, appel du pied discret à la philanthropie des internautes. « Honor system », service de quête assistée par ordinateur, est opéré par le libraire en ligne au profit de tout site qui en fait la demande. Les fans peuvent envoyer un don à leur site favori en cliquant sur un bouton spécial installé en bas de page. S’ils sont déjà clients d’Amazon, ils n’auront pas grand-chose d’autre à faire, le numéro de carte de crédit déjà en mémoire chez le libraire en ligne, le prélèvement est automatique, Amazon empochant au passage une belle commission.

Dans la foulée apparaissent les premières opérations de « cybermanche » dont la fameuse Savekaryn.com, où Karyn, productrice télé portée sur les fringues de stylistes et les cafés onéreux a sollicité le Web pour renflouer ses dettes, réussissant ainsi à collecter 20 000 dollars. Encouragés par ce succès, toute une armada de sites se sont mis à mendier en ligne (aider Shannon à faire son premier film, aider à envoyer ma fille au collège, aider une victime du cancer, aider un couple et son chien) mais la plupart n’ont pas touché un kopeck…

La tirelire d’Amazon a été progressivement supplantée par celle de son concurrent Paypal (système de paiement en ligne, propriété d’eBay). Depuis, les boutons de dons se sont répandus, permettant au donateur de laisser un pourboire pour soutenir son blogueur préféré. Le blogueur spécialiste de l’économie Paul Jorion se fait ainsi rétribuer par son public, à raison de quelque 2 000 euros par mois. Mais rares sont ceux qui parviennent à en vivre.

Autre problème d’un système comme Paypal, il est inadapté aux microdons. Pour des transactions entre 0 et 2 500 euros Paypal ponctionne 3,4 % de la somme plus 0,25 euros. Sur un don de 1 euro, il se met un tiers du prix dans la poche.

Un Mécénat populaire

L’objectif du crowfunding est de fédérer une communauté de personnes pour financer un projet dans les domaines les plus variés. Chacun peut devenir coproducteur d’un film (cinemareloaded.com), d’un disque (kisskissbankbank.com), d’un livre, d’un reportage (spot.us) ou de n’importe quel autre projet (Indie gogo, Kickstarter, ou Babeldoor). En impliquant ainsi un fan dans la production, on a l’assurance d’en faire son meilleur promoteur. D’une pierre deux coups...

En échange de son don, celui-ci pourra toucher, selon les cas, rien du tout si ce n’est l’éternelle gratitude de l’auteur, des compensations à la hauteur de ses efforts et, rarement, un intéressement aux bénéfices, en cas de succès. Des particuliers peuvent lancer leur propre collecte comme The Sochi Project, projet d’enquête de longue haleine lancé par un photographe et un réalisateur néerlandais, sur la turbulente région russe de Sochi qui accueillera les Jeux olympiques en 2014. Un reportage de cinq ans nécessitant 30 000 dollars, qui a déjà récolté plus de 22 000 dollars auprès de 309 donateurs. Autre possibilité, poster son projet sur un site plate-forme comme kickstarter qui a permis à plus de 500 projets d’aboutir. Même si comme le soulignait son créateur Perry Chen à la conférence SXSW, 99% des idées ne seront pas financées.

La plupart de ces sites fixent un compte à rebours (autour de trois mois) pour récolter les fonds nécessaires, histoire d’éviter que l’internaute ne procrastine trop longtemps. L’argent n’est débité que si le seuil minimal est atteint. Pour encourager l’internaute à sortir le porte-monnaie, l’auteur se mue en camelot souriant afin de le convaincre du bien fondé de son entreprise à coups de vidéos et de messages personnalisés, assortis de récompenses graduées. Ainsi si vous donniez dix euros à cet alpiniste sur Babeldoor pour l’aider à faire un 8 000, il s’engageait à avoir une pensée pour vous sur un moulin de prière. En vain, le projet n’a pas séduit. Mais si vous financiez l’achat d’une pédale à effet pour la chanteuse Valentine à hauteur de 15 euros, elle vous composait une petite chanson d’une minute avec votre prénom dedans. Et si vous lâchiez 50 euros, Valentine vous susurrait une chanson sur mesure de trois minutes basée sur votre personnalité.

Le chapeau de l’artiste

Au lieu de demander aux internautes de payer le contenu avant qu’ils aient eu la possibilité de le voir ou de l’entendre, des initiatives récentes imaginent de décliner le principe du chapeau de l’artiste. Chacun est libre de donner ou pas, après coup. Basés sur une hypothétique volonté de l’internaute de rémunérer les créateurs, des systèmes comme Kachingle (qui n’a pas décollé) ou Flattr fonctionnent selon le principe de l’abonnement mensuel. Un don sans contrepartie qui n’a pas le caractère obligatoire du mécénat global imaginé par le chercheur Francis Muguet où les internautes paieraient une somme fixe par l’intermédiaire de leur fournisseur d’accès, reversée ensuite aux sociétés de gestion des droits d’auteurs en fonction des préférences de l’internaute.

Parallèlement, s’est lancée en septembre dernier la Société d’acceptation et de répartition des dons (SARD) dont le but est de faciliter le don des internautes aux artistes. Elle regroupe des personnalités de l’Internet, du logiciel libre et des créateurs. La SARD souhaite expérimenter plusieurs modes de répartition : soit l’internaute donne directement aux œuvres de son choix, soit il verse au pot commun. Troisième piste envisagée, celle de « grands donateurs », comme les prestataires Internet ou les opérateurs télécoms. 

Paru dans Libération du 1 avril 2010

Sur le même sujet :

- Effet de serfs sur la Toile (3 mars 2010)
- Eh, l’internaute, t’as pas dix balles ? (24 juillet 2009)
- Flattr : Un pirate veut rémunérer les créateurs (11 février 2010)


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