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vendredi 14 mai 2010 17:52

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Adobe aime Apple

par Camille Gévaudan

tags : Apple , flash , iPhone , applications , Adobe

Adobe.com

La rupture constitue un traumatisme psychologique qu’on ne peut durablement surmonter qu’après avoir accepté, humblement, de traverser différentes phases de deuil. Le déni, d’abord. Les arguments invoqués lors du drame semblent si invraisemblables qu’il ne peuvent que cacher un malaise temporaire et préfigurer un changement d’avis. S’ensuit la phase de dépression. Envahi par les émotions négatives, on s’isole et s’enferme intérieurement dans un souvenir de l’harmonie passée et perdue. Puis on arrive, enfin, à l’étape de reconstruction. En mettant en place une stratégie efficace pour faire face à la séparation, on reprend le contrôle de la situation et on devient plus fort.

Dossier d’hiver dans Cosmopolitan ? Non, gestion de crise chez Adobe. Après des mois à subir les coups et les insultes de Steve Jobs, qui fait preuve d’un acharnement inédit contre la technologie flash, Adobe sort enfin de son mutisme poli pour dégainer une riposte offensive... sous forme de publicités.

« Nous aimons Apple », crie Adobe sur les sites d’information et dans les quotidiens américains, en pleine page, avec un gros cœur aussi rouge que son logo. Tant de beaux sentiments et aussi peu de rancune forcent l’admiration. Mais ? Mais « ce que nous n’aimons pas, ce sont ceux qui vous privent de votre liberté de choisir ce que vous créez, comment vous le créez et ce que vous en faites sur le web ». Autrement dit, ce sont les mêmes. La grosse pomme, là. Cupertino. En dissociant le comportement d’Apple de son image, étroitement liée au succès et à la qualité incontestables de ses produits mobiles, Adobe frappe avec élégance.

Adobe aime Apple. Apple aimerait bien répondre, mais il manque un plug-in.

La bannière animée en tête de leur site officiel détaille la liste des amours d’Adobe — « Nous aimons le web, Flash, HTML5, écrire un code une seule fois, tous les appareils et plateformes, nos 3 millions de développeurs, la liberté de choix. » — et mène vers une page de réponse aux accusations d’Apple, qui reprochait à la technologie Flash d’être « fermée » pour justifier son éviction des joujoux iPhone et iPad. La paille dans l’œil du voisin, grinçaient beaucoup de commentateurs. « L’ouverture est au cœur d’Adobe. Notre première technologie fut un standard ouvert qui a libéré l’édition des systèmes d’impression propriétaires. Peu après, le PDF a éliminé les barrières du partage de documents entre différentes plateformes. Les technologies Flash, quant à elles, permettent la distribution de contenu à des centaines de milliers d’utilisateurs, quels que soient leur système d’exploitation ou leur navigateur. » Apple aura effectivement du mal à se targuer de produire des systèmes interopérables : leur appareils, logiciels, formats et sites Internet ne fonctionnent qu’entre eux.

La phrase « nous aimons écrire un code une seule fois » fait référence à de récentes décisions d’Apple tentant de garder Adobe à bonne distance de ses appareils mobiles. Début avril : Adobe se préparait à sortir en grandes pompes une version CS5 de son logiciel Flash directement compatible avec les produits tactiles Apple. En deux ou trois clics, toute animation créée sur Flash pouvait être exportée au bon format et directement soumise à validation sur l’AppStore : une sacrée aubaine pour les développeurs flash en termes de facilité, et pour Adobe en termes de ventes du logiciel. Mais bim ! Trois jours avant la sortie de la CS5, Apple modifie l’article 3.3.1 du contrat de licence de l’AppStore pour interdire l’usage de cette fonctionnalité : « les applications liées aux interfaces de programmation documentées par l’intermédiaire d’un portage, ou d’un outil ou d’une couche de compatibilité, sont prohibées ». Il ne sera donc pas possible de créer dans le même mouvement une animation visible sur le web au format flash et sur iPhone. Pour avoir les deux, le code devra être écrit deux fois.

La contre-communication passe également par une mise au point sur l’HTML 5. Si les nouvelles possibilités de ce langage pourront remplacer le flash player dans la lecture de vidéos (lire l’article), Adobe rappelle que le HTML5 ne tuera pas Flash à lui seul car les deux technologies sont complémentaires dans d’autres domaines. Les jeux, par exemple, ou les animations interactives. Les fonctionnalités aujourd’hui offertes par Youtube (ajouter des sous-titres, des annotations ou des zones réactives directement sur l’image d’une vidéo...), ou la possibilité de protéger un contenu vidéo, par exemple, ne sont pas reproductibles en HTML. C’est ce qu’explique une autre page nouvellement apparue sur Adobe.com et intitulée « La vérité sur Flash ».

Pour couronner le tout, les co-fondateurs d’Adobe John Warnock et Chuck Geschke répondent par une lettre ouverte à une autre lettre ouverte, celle publiée par Steve Jobs le mois dernier, en l’accusant d’abus de position dominante : « Nous pensons que les utilisateurs devraient pouvoir accéder librement à leurs contenus favoris ainsi qu’à leurs applications, sans se soucier de l’ordinateur qu’ils utilisent, du navigateur qu’ils affectionnent ou de quel appareil mobile répond à leurs besoins. Aucune compagnie, et qu’importe sa taille ou sa créativité, ne devrait vous dicter ce que vous pouvez créer, comment vous le créez, ou ce que vous vivez sur le web. (...) Finalement, nous pensons que la vraie question est celle-là : Qui contrôle le Word Wide Web ? Et nous pensons que la réponse est celle-là : personne, et tout le monde, mais certainement pas une seule société. » (une traduction plus complète est lisible chez nos confrères de PC INpact)

On a appris la semaine dernière qu’Apple pourrait bientôt être l’objet d’une enquête antitrust lancée par la Federation Trade Commission (FTC) ou le Département de la Justice américain.

Sur le même sujet :

- Une enquête antitrust contre Apple ? (4/5/2010)
- Steve Jobs prononce le divorce entre Apple et Flash (29/04/2010)
- Steve Jobs joue à clash-clash avec Google et Adobe (1/2/2010)


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