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lundi 11 octobre 2010 18:43

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Adobe dans la mire de Microsoft ?

par Camille Gévaudan

tags : Apple , économie , Microsoft , flash , Google , Adobe , Windows Phone

Ou Adosoft, mais c’est moins drôle.

L’un s’apprête à lancer — aujourd’hui même — un sérieux concurrent de l’iPhone sous le nom de Windows Phone 7. L’autre a vu sa technologie Flash bannie de tous les gadgets à pomme (iPod Touch, iPhone et iPad). Microsoft et Adobe partagent donc certaines raisons de vouloir contrer la domination d’Apple dans le domaine des appareils mobiles, et c’est dans ce contexte que leurs dirigeants respectifs, Shantanu Narayen et Steve Ballmer, se sont rencontrés la semaine dernière à San Francisco pour établir un plan de bataille.

La réunion étant top secrète, aucun compte-rendu officiel n’a pu faire état des options envisagées par les chefs d’entreprise. Mais des « employés et des consultants impliqués dans les discussions » ont rapporté à Nick Bilton, responsable du blog Bits du New York Times, que le rachat d’Adobe par Microsoft a été évoqué. Si Microsoft refuse catégoriquement de commenter les « spéculations », le directeur de la communication chez Adobe a au moins confirmé que le rendez-vous a bien eu lieu : « Adobe et Microsoft comptent des millions de clients en commun à travers le monde et leurs PDG se rencontrent effectivement de temps en temps. »

La rumeur d’une coopération pouvant aller jusqu’au rachat est d’autant plus significative que la concurrence entre ces deux géants de l’informatique semblait s’être accrue depuis 2007. Au cours de cette année, Microsoft a lancé le plug-in Silverlight comme une alternative à Adobe Flash pour lire certains contenus (vidéos, animations, jeux...) dans les navigateurs Internet. Mais l’enjeu économique du marché des smartphones dépasse aujourd’hui celui des applications Internet riches, et les rapports de force ont changé. « Microsoft a déjà courtisé Adobe il y a plusieurs années, explique à Nick Bilton une source interne. Mais les discussions sont restées informelles car Microsoft craignait un blocage antitrust de la part du département de la Justice des États-Unis. » Vu le poids acquis par Apple et Google depuis cette époque, une acquisition de ce genre serait désormais parfaitement envisageable.

La rumeur d’une telle opération, qui pourrait représenter 15 milliards de dollars (10,7 milliards d’euros) selon La Tribune, a fait bondir l’action d’Adobe dans la journée de jeudi. Le titre a gagné jusqu’à 17% avant de clôturer la journée en hausse de 11,5 %, tandis que Microsoft a avancé de 0,41 %.

Les actions Adobe (en bleu), Microsoft (orange) et Apple (rouge) sur Google Finance, entre le 7 et le 8 octobre 2010

Reste que si la naissance d’un « Adobsoft » ne serait pas aberrante d’un point de vue économique, certains analystes doutent de sa pertinence stratégique. Ainsi Kara Swisher, du site All Things Digital appartenant au Wall Street Journal, table plus sur un « Goodobe » : « dans la Silicon Valley, c’est Google que l’on voit comme acquéreur logique d’Adobe, si vente il devait y avoir. » D’abord, la firme de Redmond ne semble pas beaucoup plus ouverte qu’Apple à la technologie Flash, qui est cruellement absente du tout nouveau Windows Phone 7. À Mountain View, en revanche, on travaille main dans la main avec Adobe pour la sortie d’Android 2.2 (Froyo) et de la Google TV, qui intègrent tous deux Flash Player pour accéder aux contenus du web. En outre, note Kara Swisher, Adobe possède depuis septembre 2009 l’outil Omniture, « un service de mesure d’audiences web puissant et populaire qui tombe pile dans les cordes de Google. »

Le site ITespresso ne croit pas non plus à l’hypothèse d’un rachat pur et simple, et imagine des discussions plus techniques visant à réconcilier Flash et la plate-forme Windows Phone 7. « Seuls les programmes .NET peuvent fonctionner sur Windows Phone 7, empêchant ainsi le portage direct de certains logiciels, comme Firefox… ou Flash. » Comme Adobe a déjà développé dans sa Creative Suite 5 un outil permettant de transformer les applications Flash en applications iPhone, il pourrait exister de la même manière une solution de portage vers l’environnement « .NET » de Microsoft. « Il est donc probable que Microsoft soit tout simplement venu demander poliment à Adobe de développer une version .NET (ou native ?) de son lecteur Flash et de son environnement d’exécution AIR, ce qui permettrait de mettre de nouveaux atouts du côté de Windows Phone 7. »

Sur le même sujet :

- Adobe aime Apple (4/5/2010)
- Steve Jobs prononce le divorce entre Apple et Flash (14/05/2010)
- Steve Jobs joue à clash-clash avec Google et Adobe (1/2/2010)


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