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dimanche 10 mai 2009 21:33

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Affaire Bourreau : Albanel suspend un de ses collaborateurs

Dans une déclaration à Libération, la ministre de la Culture confirme que l’e-mail de Jérôme Bourreau critiquant Hadopi été transmis à TF1.

par Isabelle Roberts, Raphaël Garrigos

tags : TF1 , HADOPI

D’un clic, il a scellé le sort de Jérôme Bourreau-Guggenheim, et le sien avec. Le ministère de la Culture a fini par confirmer hier soir à Libération qu’un membre du cabinet de Christine Albanel a bel et bien envoyé à TF1 le fameux mail de critiques envers Hadopi (Libération du 7 mai). Mail qui a entraîné le licenciement de ce cadre de la Une responsable du pôle web innovation. « Dans le cadre des informations demandées par Christine Albanel au sujet de l’e-mail de Jérôme Bourreau-Guggenheim, déclare à Libération le ministère de la Culture, est apparu qu’une copie de ce document, qui avait été adressé par Françoise de Panafieu, a bien été transmis en effet à la chaîne TF1 fin février par l’un de ses collaborateurs. Christine Albanel a déploré cet envoi qu’elle considère comme étant une erreur regrettable. Elle a refusé la démission que lui avait remise ce collaborateur et a décidé de le suspendre immédiatement de ses fonctions présentes pendant une durée d’un mois. »

Christine Albanel refuse de divulguer l’identité du coupable mis à pied pour un mois. Elle fait dire à Libération qu’elle « revendique sa bonne foi » et n’était pas au courant de l’envoi de ce message à TF1. Quant à sa propre démission, on indique dans l’entourage de la ministre qu’il n’en a « absolument pas » été question.

Depuis les révélations de Libération jeudi, le ministère de la Culture et son hôte Christine Albanel flottent dans l’embarras  : un salarié d’une chaîne privée viré suite à une délation ministérielle, ça fait particulièrement mauvais genre. Dans un communiqué publié jeudi matin, Christine Albanel commence par juger « absurdes les accusations du journal et affirme n’avoir jamais contacté la direction de TF1 ». Et pourtant, dans la lettre de licenciement de Jérôme Bourreau, la directrice des ressources humaines de la Une l’inscrit en toutes lettres  : « Cette correspondance nous est parvenue via le cabinet du ministre de la Culture qui l’a adressée le jour même à la société TF1. »

Jeudi après-midi, à l’Assemblée nationale, interpellée par l’opposition, Christine Albanel semble un peu moins certaine du caractère « absurde » des informations de Libération  : « A ma connaissance, rien n’a été transmis. » En fait, au ministère de la Culture, une enquête était déjà lancée pour retrouver le délateur qui s’est laissé aller à transmettre le fameux e-mail de Jérôme Bourreau. Celui que cet habitant du XVIIe arrondissement de Paris avait d’abord envoyé depuis son adresse privée chez Gmail et de son tout aussi privé iPhone personnel, à sa députée Françoise de Panafieu pour lui faire part de ses critiques contre la loi Création et Internet. Ce fameux e-mail que l’attachée parlementaire de Panafieu a transmis au ­conseiller parlementaire d’Albanel, Richard Eltvedt, afin qu’il fournisse en retour un contre-argumentaire pour persuader Jérôme Bourreau du bien-fondé de la loi.

Au sein du cabinet ministériel, parmi les conseillers qui sont les chevilles ouvrières des lois de la Culture, l’e-mail circule. Là, un collaborateur d’Albanel l’envoie à TF1. Pour réclamer directement la tête de Bourreau  ? Pour faire les gros yeux à TF1 qui compte dans ses salariés un adversaire d’Hadopi  ? Mystère. Mais à Libération, Jérôme Bourreau raconte que lorsqu’il se fait convoquer la première fois par Arnaud ­Bosom, le patron de eTF1, qui lui lit son mail de récrimination « mot à mot », celui-ci lui dit s’être fait passer un savon par le ministère de la Culture.

Au sein du cabinet d’Albanel, on plaide n’avoir jamais imaginé de telles conséquences, à savoir le licenciement de Bourreau. Le collaborateur, et lui seul, récolte une mise à pied d’un mois, et d’un mois seulement. Alors que l’affaire révèle la porosité des relations entre le ministère de la Culture et TF1. Surtout quand on sait que Christine Albanel sort tout juste de la loi sur l’audiovisuel qui a supprimé la publicité sur France Télévisions et vu les chaînes privées, TF1 en tête, hériter de cadeaux somptuaires  : outre la fin de la pub sur le service public, elles ont obtenu un allongement du volume de réclame et une seconde coupure publicitaire dans les films et fictions. Autant d’assouplissements réglementaires que TF1 réclamait fin 2007 dans un Livre blanc adressé au gouvernement. Juste avant que Nicolas Sarkozy, ami proche de Martin Bouygues, propriétaire de TF1, ne décide ex abrupto de réaliser un des plus vieux souhaits de la chaîne.

Publié dans Libération du 11/05/09


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