mardi 11 décembre 2012 10:29
Afghanistan : le malheur de la revanche
par Luc Mathieu
tags : documentaire , France 3
DR
Afghanistan, le prix de la vengeance
Documentaire d’Eric de Lavarène et Alberto Marquardt
Comment en est-on arrivé là ? Pourquoi une intervention armée approuvée par les Nations unies a-t-elle dérapé en une guerre ingagnable ? Dans un documentaire de 85 minutes, Alberto Marquardt et Éric de Lavarène racontent dix ans de conflit en Afghanistan. Leur thèse, contestable par certains aspects, est que cette guerre ne pouvait qu’échouer. La faute est selon eux originelle. Elle remonte au 11 Septembre et à la « réaction de vengeance des États-Unis », selon les termes de Lakdhar Brahimi, ancien haut représentant de l’ONU en Afghanistan. L’intervention, votée à l’unanimité par le Conseil de sécurité des Nations unies, débute le 7 octobre 2001. Cinq semaines plus tard, le régime taliban est tombé et les membres d’Al-Qaeda n’ont plus de territoire où s’entraîner et s’organiser. Que faire de cette victoire militaire ? Le documentaire pointe le glissement stratégique, de l’objectif initial de se débarrasser d’Al-Qaeda à l’ambition de créer un Etat démocratique dans un Afghanistan qui sort de cinq ans de régime taliban. Les ONG affluent, des milliards de dollars sont alloués à la reconstruction d’un pays dévasté. Des milliers d’Afghans, exilés au Pakistan ou en Iran, reviennent. Mais leur espoir s’étiole vite. Les « seigneurs de guerre » afghans, qui avaient plongé le pays dans la guerre civile après le départ des Soviétiques, reprennent le pouvoir, accaparant ministères et contrats de reconstruction. La corruption s’étend et les champs de pavot refleurissent. Les raids nocturnes et les bavures de l’Otan décrédibilisent l’intervention aux yeux de la population. Les talibans reviennent dans le sud, l’est puis le nord du pays. La guerre s’enfonce dans l’échec. Les états-majors étrangers finissent par s’en rendre compte et décident de retirer leurs soldats d’ici à la fin 2014. Si cet enchaînement n’est pas susceptible d’être contesté, le documentaire accable les pays étrangers mais oublie de critiquer les nouvelles élites afghanes, ces hommes formés en Occident qui auraient pu tenter de reconstruire le pays au lieu de verser dans la corruption. Le film n’insiste pas non plus sur le rôle délétère du Pakistan, qui laisse la hiérarchie talibane s’organiser depuis les faubourgs de Karachi ou Peshawar, quand elle ne l’y aide pas. Alors qu’il était encerclé à la fin 2001 dans les montagnes de l’Est afghan, Ben Laden a été tué dix ans plus tard, à Abbottabad, à moins d’une heure de route d’Islamabad, la capitale pakistanaise. A revoir sur Pluzz.fr pendant 7 jours Paru dans Libération du 10 décembre 2012
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