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vendredi 23 mars 2007 11:58

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Agoravox, la presse défiée par les amateurs

Le site Agoravox, qui revendique 10 000 rédacteurs, organise samedi les assises du journalisme citoyen.

par Frédérique Roussel

tags : politique , presse , journalisme , agoravox , citoyen

DR

L’intitulé est bravache et provocateur : les « Rencontres du cinquième pouvoir » entendent enterrer le quatrième, celui de la presse. Agoravox, qui se définit comme un média en ligne citoyen, organise samedi à Paris les premières rencontres dédiées au journalisme citoyen. Au menu de la journée : la résistance locale, la censure, l’irruption des internautes dans la campagne présidentielle et, inévitablement, les rapports entre médias traditionnels et médias « alternatifs ». Ces assises sont ainsi destinées à montrer l’importance d’un phénomène qui a pris de la vigueur en deux ans d’existence : celui d’une large expression en ligne qui s’empare aujourd’hui de la présidentielle. Le moteur est simple : tout citoyen peut devenir un reporter. Le succès de cette antienne n’a pas échappé aux médias (télé, presse et radio), qui se mettent sérieusement à négocier le virage du Web et des débats participatifs. « C’est un signe de la crise du journalisme et en même temps son triomphe : tout le monde est journaliste, estime Hervé Brusini, directeur délégué à l’information de France 3, qui réfléchit aux pratiques journalistiques. En même temps, en tant que journaliste, je ne veux pas vivre dans un monde de journalistes ! »

De fait, le journalisme citoyen s’est épanoui tel le chiendent sur un Internet de plus en plus utilisé, nourri par une blogosphère bavarde. Quand Agoravox se lance, le 20 mai 2005, il copie un incroyable succès de la Toile, le Coréen du Sud Ohmynews qui emploie des dizaines de milliers de contributeurs rémunérés selon la visibilité de leur production depuis une paire d’années. Il a généré des millions de visiteurs par jour dans un pays de 47 millions d’habitants pendant la présidentielle de 2002. La légende dit même qu’il a contribué à l’élection du président Roh Moo-hyun.

Son petit frère européen Agoravox se présente ambitieusement comme « une des premières initiatives européennes de journalisme citoyen à grande échelle complètement gratuit ». De 150 contributeurs au démarrage, le site revendique aujourd’hui 10 000 rédacteurs (mais qui ne sont pas tous actifs), 15 000 textes publiés et un million de visiteurs par mois. « Entre 60 et 70 articles par jour nous sont soumis, explique Carlo Revelli, qui dirige Agoravox. Deux tiers environ sont acceptés et mis en ligne. » En cette période de présidentielle, propice aux déballages partisans, le taux de déchet avoisine les 50 %. Au grand dam de Revelli, qui peste sur le manque de qualité. Sa première tentative de monter une « Wikienquête », qui permet de mettre en relation différents informateurs sur un sujet sous la houlette d’un journaliste d’investigation, n’a pas donné les résultats espérés. Au final, le wiki sur « la bio des candidats », qui se voulait plein d’informations inédites, ressemblait à une banale galerie de portraits monocordes. Inutile de dire que l’expérience n’a récolté aucune information croustillante sur la vie de Sarkozy ou de Bayrou. Pas simple, le journalisme.

Le patron d’Agoravox, prudent, ne prétend d’ailleurs pas concurrencer ni tuer le journalisme, mais le redéfinir. « On a permis à des gens qui en avaient envie de participer à l’information et pas seulement de la subir, constate Revelli. On a presque un rôle social. »

Paradoxe de cette frange de la Toile qui publie de l’information sans qu’elle soit labellisée, qui revendique sa capacité à aborder tous les sujets et qui, dans le même temps, se targue d’avoir détecté dès septembre la montée de François Bayrou quand sondages et médias n’ont découvert le phénomène qu’en février. Qui fait, en fait, du journalisme sans y toucher. « Les internautes en avaient marre de la bipolarisation entre Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal », affirme Carlo Revelli, qui publie à l’occasion des « Rencontres du cinquième pouvoir » un ouvrage collectif intitulé Présidentielle 2007, l’irruption des internautes dans la campagne (Editions Le Manuscrit).

Même son de cloche ambivalent de la part d’un autre patron de média citoyen. « On ne peut pas dire que ce soit du journalisme, mais de l’investigation et du partage de connaissances sur la vie locale », modère Oleg Tscheltzoff, entrepreneur du Web de 40 ans qui vient de lancer Citizenbay dans une vingtaine de grandes villes en France et aux Etats-Unis. Il confie pourtant qu’il « espère devenir plus important que la presse quotidienne régionale ». Seuls ses meilleurs rédacteurs sont rémunérés, entre 1 et 5 euros l’article. Pas de quoi en faire un métier. Mais ces différentes initiatives titillent.

L’expérience Agoravox prouve d’abord l’existence d’un bouillonnement participatif dans une société critique envers les politiques et les médias. « Agoravox, c’est un signal d’alarme pour notre profession, estime Hervé Brusini. On nous dit : "Nous ne nous reconnaissons plus dans ce que vous écrivez, vous avez rejoint la sphère de la suspicion, de la politique. Vous ne parlez pas de notre vérité, de notre quotidien, où nous avons des problèmes de remboursement de dentier, des problèmes de radars, mais aussi notre vérité de politique. Enfin une technologie nous permet de hurler notre vérité". »

Un cri qui se fait entendre au point que le rapport de Marc Tessier, ancien président de France Télévisions, sur « La presse au défi du numérique », remis au gouvernement en février, préconise la création d’un statut pour les « journalistes citoyens ». La reconnaissance en creux d’un pouvoir émergent ?


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  • Agoravox, la presse défiée par les amateurs

    26 mars 2007 13:30, par Groomy
    Agoravox fait de très bonnes choses, malheureusement il y a parfois des articles très limites, ou certain dossier comme le 11 septembre qui laisse la place libre aux illuminés. C’est bien de donner la parole aux anonymes mais comme partout faut faire gaffe à ce qu’on lit.
  • Agoravox, la presse défiée par les amateurs

    23 mars 2007 14:07

    « La reconnaissance en creux d’un pouvoir émergent ? »

    bonne blague ! non, un moyen de pression sur ce 5eme pouvoir afin de le museler et de laisser les journalistes dit pro (si si, ceux là qui paraphrasent des dépeches AFP !) continuer à servir les autres pouvoirs (les trois premiers)


 

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