jeudi 10 décembre 2009 18:15
Ainsi fion, fion, fion…
par Isabelle Roberts, Raphaël Garrigos
tags : documentaire , Arte
La face cachée des fesses, un docu callipyge un poile trop fourre-tout. Photo DR
La face cachée des fesses
documentaire de Caroline Pochon et Allan de Rothschild
Arte, ce soir, 22 h 10.
Un papier écrit à quatre mains, ça d’accord, on connaît. Mais à quatre fesses, on n’avait jamais envisagé ça comme ça. Vu sous cet angle, celui des fesses, le monde est plus joli : fini de voir toutes ces têtes de cul. Mais on s’égare : regardons plutôt les fesses de Caroline Pochon et d’Allan Rothschild. Enfin, celles qu’ils nous exposent dans cette Face cachée des fesses, docu forcément attrayant que diffuse Arte ce soir. Car, comme le dit l’écrivain Jean-Luc Hennig, lui-même auteur d’Une brève histoire des fesses, aux réalisateurs qui l’interrogent : « Vous n’avez pas fait une émission sur le bras, le coude ou la nuque. » La fesse, poursuit ce spécialiste, « ça sent encore le soufre ». De notre partie charnue (ou cul, derche, popotin, boule, pétard, joufflu, meule, miche, voire le délicieux fion), Pochon et Rothschild font un tour très circonstancié, même si un peu fourre-tout et sans la fantaisie qui aurait pu faire décoller ce docu callipyge. Mais bon, on en apprend de belles sur la fesse. Déjà, qu’elle est propre à l’homme, explique Claudine Cohen, professeure à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS) : « C’est le muscle le plus volumineux et le plus puissant, car il permet la station redressée et la marche. » On se disait bien aussi que ce truc qui nous suit dans chacun de nos mouvements devait servir à quelque chose. Après ça, c’est une explosion de fesses. Grosses, les fesses : Saartjie Baartman alias la Vénus hottentote ; les fesses chez Courbet, inratables ; « flamandes, un peu lourdes et très sensuelles » chez Rubens. Celles aussi, mâles, peintes par Léonard de Vinci, qui, selon Jean-Luc Hennig, font écho à celles de Joe d’Alessandro filmées par Andy Warhol ; celles peintes ou photographiées par David Hockney, celles, enfin, « bandées » de l’imagerie gay façon Tom of Finland. A chaque fois de jolies fesses de musée, certes, mais, ainsi que le rappelle le critique d’art britannique Edward Lucie-Smith, « il ne faut pas se couper de ses émotions sexuelles quand on va dans un musée. » D’ailleurs, la fesse, nous explique le documentaire, ce n’est pas que du cul, il y a aussi la fesse politique. De l’oppression du corset faisant ressortir le cul sont nés les mouvements féministes au XIXe siècle. « Le progrès social commence toujours par l’indépendance des fesses », rappellent les réalisateurs, citant Albert Cossery. C’est aussi le geste du dernier recours, de l’ultime bravache : baisser son pantalon ou relever sa jupe et montrer ses fesses nues au monde. Mieux que le bras et le doigt, le cul d’honneur. La diffusion du docu s’accompagne de l’édition d’un beau livre, « la Face cachée des fesses », chez Arte éditions, 29,90 €. Paru dans Libération du 10 décembre 2009
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