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jeudi 10 juillet 2008 16:09

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Albertine a-t-elle aussi 200 grammes d’ADN ?

par Marie Lechner

tags : net-art , publicité , Google

Comment se faire tirer son portrait ADN, aux frais de la princesse

Albertine a besoin de mieux connaître son identité. Vous pouvez l’aider à obtenir son information génétique. Dans un article du Monde diplomatique (A qui appartient votre ADN ?, par Franz Manni), la net-artiste lit : « Avec ses cent mille milliards de cellules, il paraît que chaque être humain porte environ deux cents grammes d’ADN. Ce poids semble rester constant tout au long de la vie car de nouvelles cellules remplacent sans cesse celles qui meurent. Il s’agit donc d’une chose bien réelle, avec une masse et une forme. »

Piquée par la curiosité, Albertine se demande « à quoi peut bien ressembler l’ADN ? ». Le sien par exemple. Depuis 2007, plusieurs sociétés biotech, comme 23andMe, start-up de la Silicon Valley, proposent de "révéler les secrets de votre ADN", mais les prix pour se faire tirer son portrait restent élevés (autour de 1000 dollars). Albertine, qui est fauchée mais pas dépourvue d’astuce, espère se faire offrir un test ADN par Google.

Et ceci, grâce à vos clics sur les publicités Google présentes sur le site de son nouveau projet 200 grammes d’ADN. Pour l’instant, les clics des internautes complices lui ont permis de récupérer 51 dollars. Il lui en faut 1044 (frais de port compris) (soit quelques 7500 clics supplémentaires) pour commander le « spit kit » à la société 23andMe, déposer sa salive dans l’éprouvette et attendre quatre à six semaines pour consulter sur Internet son profil génétique protégé par un code confidentiel.

Une manière pour l’artiste d’impliquer l’internaute dans ce projet, d’une part en lui faisant découvrir de façon active la compagnie 23andMe. Et par la même occasion, de faire un « joli pied de nez à Google, qui est dans le capital de 23andMe, en payant le kit ADN grâce aux clics sur les pubs Google. C’est le serpent qui se mord la queue. »

Jusque récemment, l’exploration du génome humain était réservé aux scientifiques des laboratoires de recherche. « En 2007, au moins trois sociétés (23andme, DecodeMe, Navigenics) se sont lancées sur le marché des tests génétiques individuels, proposant à leurs clients d’étudier leur génome et d’en déduire leur risque de développer une vingtaine de maladies courantes pour lesquelles des facteurs génétiques ont été identifiés », explique Catherine Bourgain, chargée de recherche en génétique statistique à l’Inserm dans le Monde Diplomatique, qui a consacré en juin un instructif dossier à cette question. «  Plus encore, 23andMe et DecodeMe, écrit-elle, prêtent à ces analyses d’ADN un usage ludique, retracer une généalogie, comparer son information génétique à celle de proches, d’amis, de vedettes voire, bientôt de la « partager » sur internet par le biais de réseaux sociaux encore inédits. » Une version biotech de Myspace ou Facebook, où les gens se retrouvent entre « friends » partageant les mêmes caractéristiques génétiques.

La chargé de recherche remet en question la fiabilité de ces tests parlant d’ « horoscope génétique » et pointe également les enjeux financiers. En 2007, Google a investi 3,9 millions de dollars dans le lancement de 23andMe (Anne Wojcicki, à la tête de l’entreprise, n’est autre que la femme de Sergey Brin, confondateur de Google), et en avril 2008 il est entré dans le capital de Navigenics. Google, géant du traitement de l’information, pourrait se retrouver avec une base de données d’une valeur inestimable pour les firmes pharmaceutiques, la recherche médicale et les compagnies d’assurances. Des informations génétiques qui pourraient se retourner contre l’usager dans le futur. « Pour les assureurs, un usage dévoyé des tests ADN consisterait à fixer les prix des prestations en fonction des risques révélés par les tests, et à proportionner les remboursements à l’observation par l’assuré d’une hygiène de vie conforme à ses gènes », écrit Catherine Bourgain.

Pour l’instant, la loi française et le Conseil de l’Europe limitent l’examen des caractéristiques génétiques aux seules fins médicales et de recherche. Aux Etats-Unis, la loi californienne sur les tests biologiques interdit qu’ils soient réalisés en dehors d’une prescription médicale. Le département de santé public a envoyé début juin des lettres de mise en demeure à 13 sociétés spécialisées dans la mise à disposition du grand public des analyses ADN (dont 23andMe). Une action qui succède à celle de l’Etat de New York qui a envoyé des lettres à 31 compagnies depuis novembre. Pour l’instant, 23andMe a décidé de passer outre, prétextant qu’elle ne fait que fournir des informations génétiques et non un diagnostic.

Heureuse nouvelle pour notre Albertine qui va pouvoir savoir si elle est prédisposée à l’oreille absolue, si elle est sensible à l’amertume des choux de Bruxelles ou si elle risque un cancer du sein. « La seule peur que j’ai, c’est de savoir en vrai où Albertine va se retrouver, sûrement avec un schizophrenia disorder. J’espère que je ne vais pas me découvrir une maladie que je ne connaisse déjà ».


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