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mercredi 1er février 2012 11:22

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« Angry Birds » donne des ailes à « Temple Run »

par Olivier Séguret

tags : économie , Angry Birds , smartphone

Dessin JayCee Loop, CC BY

L’ahurissante saga Angry Birds comporte définitivement quelque chose qui défie l’explication rationnelle, et même coupe le sifflet. Au début du mois de décembre, le « petit » studio indé finlandais Rovio, heureux développeur de cette poule aux œufs d’or, annonçait que le jeu pour smartphones cumulait désormais plus de 500 millions de téléchargements toutes versions confondues (payantes et complètes, ou gratuites et tronquées). Et ce n’était pas fini : quelques semaines plus tard, pour le seul jour de Noël, à la faveur des smartphones tout neufs que la population terrienne semble s’être offerts ce jour-là, 65 millions d’Angry Birds supplémentaires étaient téléchargés…

Lancé en 2009 sur iOS (la plateforme d’Apple), Angry Birds n’a cessé de connaître depuis un essor exponentiel, considérablement alimenté par la mise sur le marché d’une version sous Android (plateforme libre de Google et plus importante base installée dans le monde), puis Windows (pour les smartphones Nokia/Microsoft). Le débarquement prochain et en fanfare du jeu sur Facebook, le 14 février (pour la Saint-gna-gna-gna-Valentin), rend presque timorées les dernières estimations fournies à son propos, qui le voient atteindre cette année un milliard de téléchargements !

Naturellement, une telle pépite ne peut que faire rêver l’industrie du jeu vidéo. Angry Birds est ainsi devenu le cas d’école le plus emblématique de toute la profession, mais aussi le symbole de son schisme : cette faille tellurique ouverte dans l’histoire du gaming depuis l’avènement des jeux sur mobile, du système des applications et des modèles économiques entièrement nouveaux qui les accompagnent. Y a-t-il donc, sur l’horizon, un prétendant potentiel à une si phénoménale succession ?

Il serait trop audacieux de prétendre que le nouvel Angry Birds s’appelle Temple Run, mais celui-ci forme incontestablement la petite sensation indé du moment. Développé par Imangi Studios (qui consistent essentiellement en un couple de développeurs), aussi basique dans son principe que le casse-cochons finlandais mais plus orienté arcade-plateforme (il s’agit d’échapper éperdument à de féroces singes dans des ruines antiques), il est lui aussi un éclatant symptôme des bouleversements de l’industrie.

Lancé sous forme payante l’été dernier, c’est en effet depuis qu’il est devenu gratuit que Temple Run non seulement domine les classements des applications téléchargées, mais rapporte de surcroît beaucoup plus de profits à ses concepteurs, essentiellement via la pub, que le joueur fauché visionne en échange d’upgrades (« mises à jour »). Avec sa mécanique addictive (et même adhésive comme de la super-glu) et cette forme inédite d’équilibre commercial, Temple Run a trouvé lui aussi une formule qui ne cesse jamais de faire boule de neige.

Cofondatrice d’Imangi, Natalia Luckyanova s’en étonnait elle-même dans un récent entretien au site Gamasutra : « Devenir gratuit nous a permis de quadrupler nos revenus ! » Avec Temple Run, son microstudio est devenu l’un des plus visibles sur la mappemonde de l’industrie, son titre phare affichant actuellement une moyenne de 500 000 téléchargements par jour.

Ces success stories fabuleuses, ces rejetons contemporains de sagas à la Rockefeller font parfois penser au capitalisme épique des temps pionniers. Mais c’est autre chose : ces aventures sont d’autant plus stupéfiantes qu’elles restent terriblement instables, hasardeuses, presque accidentelles, et ne présagent en rien de modèles éternellement reproductibles. Comme le dit encore Luckyanova sans bien mesurer la vitesse de la lumière à laquelle cette industrie évolue : « La situation n’a plus rien à voir avec celle de 2009. » Elle voulait dire : il y a une éternité.

 

Paru dans Libération du 31 janvier 2012


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