lundi 8 mars 2010 11:49
Animateurs : concours et sots d’obstacles
par Isabelle Roberts, Raphaël Garrigos
tag : journalisme
Esteban Challis, comédien, candidat à la Morandini ! Academy. DR
Pompier, cosmonaute ou vétérinaire ? Merci bien, m’man, pas pour moi les métiers de loser… Non, moi, quand je serai grand, je veux être animateur de télévision. A moi la gloire, les filles jolies comme dans un clip des Black Eyed Peas et surtout la thune. Le saumon, je serai tellement riche qu’il me servira de matraque contre les hôtesses de l’air. Ah le doux rêve que voilà… Et facile avec ça, puisque la détention de diplôme — autre que celui attribué par l’Ecole française de ski après l’obtention de son premier flocon — est superflue, voire absolument déconseillée. Mais la télé ne vous laissera pas pénétrer si facilement en son cénacle, siéger aux côtés de grands messieurs tels Benjamin Castaldi ou Jean-Luc Delarue. Parfois pourtant, ce cercle s’entrouvre et vous allez rire, mais c’est maintenant. Deux chaînes nationales (oui bon d’accord, sur la TNT mais tout de même), deux chaînes de la TNT donc (oui bon d’accord, NRJ 12 et Direct 8 mais tout de même) NRJ 12 et Direct 8, donc, organisent qui un concours pour devenir animateur sur son antenne, qui un concours pour devenir animateur sur son antenne. Telle munificence ne pouvait rester impunie. La Morandini ! Academy. Et vous aurez compris au « y » que la référence n’est pas à chercher du côté de l’Académie des arts et des lettres mais plutôt de celle où on se met du gel dans les cheveux et les doigts dans le nez en bramant du Christophé Maé. Momo — qui nous pardonnera cette familiarité toute confraternelle — a en effet eu l’idée d’une Starac des animateurs. En janvier, sur son blog momo.com, il passait une annonce il est vrai alléchante : « Rejoindre l’équipe de Morandini ! comme animateur-chroniqueur. » Wow ! Un boulot dans Morandini ! la partie télévisuelle de l’usine à saucisses exclusives des médias de Momo, ça pose son homme. Et contre toute attente, il y a eu des candidats. Vingt-cinq ont été sélectionnés qui, depuis lundi, ont une minute trente sur Direct 8 pour faire leurs preuves et, d’écrémage en écrémage, il n’en restera qu’un qui, en avril, décrochera le prestigieux poste. Les vingt-quatre autres n’auront plus qu’à espérer que leur audition ne reste pas visible trop longtemps (c’est sur momo.com). Car Momo nous a fait un dispositif à la Nouvelle Star : le candidat face à trois sommités de la télévision. Momo ; Thierry Moreau, directeur de la rédaction de Télé 7 Jours ; François Barré qui serait directeur des programmes de Direct 8 si Direct 8 était une chaîne de télé et enfin Momo (ah on l’a déjà mentionné ? En fait, c’était pour rappeler qu’il s’est fait connaître avec Tout est possible et son cortège de prêtres transexuels et autre Lolo Ferrari à barbe — de rien, ça nous fait plaisir). Et qui sont ces risque-tout prêts à démarrer une carrière sous de tels auspices ? On ne s’apesentira pas sur le wagon de brunes forcément piquantes au numéro approximatif dont vont se repaître pendant des années de cheap bêtisiers. Tout juste distinguera-t-on un Kayvin (à ne pas confondre avec un vulgaire Kevin), « spécialiste en nouvelles technologies et buzz sur Internet », une Sabine Anthony (dont le patronyme témoigne qu’elle a entendu siffler le train, oui, c’est une ex de), une Suzanna surtout connue pour être la Brenda du Brandon de la pub (eh oui) ou une Victoria Monfort dont nous tairons la filiation avec certain commentatcheur de patinage artistchique. En face, tandis que le candidat bafouille sa blablague (« Qui aurait dit : ’Heureusement que j’ai mis des bières dans le frigo’ ? Hugues Aufray. ») ou expose son idée de chronique télé (452 614 fois la Ferme), le jury, qui vit lui aussi ses deux minutes de célébrité, entend bien en profiter. Prend un air pénétré : « Belle écriture » (Thierry Moreau que la relecture des papiers de Télé 7 Jours a rendu esthète). Donne des avis de vrai pro : « J’aime bien quelqu’un de sincère comme ça. » (Momo à propos d’une candidate qui n’aime pas à la télé « tout ce qui va être littérature ».) Désolés, on n’a rien à dire de François Barré dont, à la réflexion, on n’est pas sûrs que ce ne soit pas un hologramme. Sans vouloir déprécier notre nouvel ami François Barré, alors là, pardon, sur NRJ 12 : ça, c’est de la vedette. Pour son Grand casting de la télé qui démarre ce lundi à 19 h 50 (et se poursuit tous les jours à la même heure par tranche de 13 minutes avec deux spéciales les 15 et 22 mars à 22 h 30), la chaîne nous a dégainé, outre la moyennement connue Vanessa Broussouloux, rien moins que Pascal Bataille — ou Laurent Fontaine, on ne sait plus (1) — et Bernard Montiel. Le trio va, façon Nouvelle Star encore, arpenter la France afin de sélectionner le Montiel de demain, d’usiner quelques candidats au contact d’épées de la profession (Sophie Davant, Karl Zéro, Benjamin Castaldi…), avant de choisir qui aura l’insigne honneur d’être l’un des nouveaux visages de NRJ 12. Et d’avoir pour collègues les illustres… Ah mais si, lui, là… Ah non rien. Et c’est ainsi qu’après avoir organisé des concours de chant, de danse, de cuisine, de mannequinat, de bricolage, notre joli PAF cède à la vague(lette) du télécrochet pour animateurs. Il a déjà léché des rives étrangères, ce mascaret — la Suède, la Grèce, la Grande-Bretagne — las, sans succès, ni pour l’émission ni pour l’élu vite retourné à sa condition de téléspectateur. C’est que, indique Bertrand Villegas, de l’agence The Wit, qui scrute la télé du monde entier, « ce genre de ’talent contest’ est moins un programme qu’une opération de communication, il s’agit souvent d’une sorte de campagne promotionnelle de proximité pour faire connaître la chaîne ». Même s’il assure vouloir « révéler de nouveaux talents », Gérald Brice-Viret, directeur du pôle TV de NRJ Group, confirme : « Pour nous, il s’agit d’aller davantage sur le terrain, d’initialiser la marque NRJ 12. » Mais… mais alors ? Et la satisfaction de donner sa chance à un jeune que la vie a abandonné au bord du chemin d’une radio locale ? Et le bonheur de faire naître des milliers de petits Momo ? Ah ça non, un Momo, c’est bien. Plus, ce serait vraiment de la gourmandise. (1) Oui, ceci est un running gag courant sur plusieurs années. Paru dans Libération du 6 mars 2010Momodus operandi
Momotivation
De qui se momoque-t-on ?
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