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jeudi 26 janvier 2012 18:58

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AnonyUpload, le grand fantasme du méga successeur

par Sophian Fanen

tags : MegaUpload , Anonymous

DR

Arnaque, entreprise trop ambitieuse pour ses moyens ou alternative anonyme et durable aux services du type MegaUpload ? AnonyUpload, qui s’est monté sous nos yeux ces derniers jours, relayé par le compte twitter @Officialanonyup, soulève beaucoup de questions.

Actif depuis aujourd’hui avec un nombre d’inscriptions pour l’instant limité à 20 000, le site a été créé par un seul homme, avec l’aide de quelques autres — dont un francophone — notamment pour la communication. « Nous ne sommes pas des membres d’Anonymous, mais nous défendons l’anonymat », dit l’équipe sur le site, avant de revendiquer le sérieux de son entreprise (« Ce n’est pas une arnaque ! »). A cette heure, nous n’avons pas encore pu essayer d’uploader ou télécharger un fichier.

« Ce n’est pas parce qu’un service veut garantir l’anonymat, que ses créateurs sont des membres d’Anonymous », continuent-ils dans une interview donnée à 01.net (Libération les a également contactés, sans aboutir pour l’instant). « C’est simple, depuis la fermeture de MegaUpload, les autres hébergeurs de fichiers ferment ou suppriment leurs fichiers tour à tour. Nous voulons permettre aux internautes du monde entier de pouvoir stocker des fichiers sur des espaces privés, qui leur appartiendront. »

 

AnonyUpload cet après-midi.

 

Dans cette interview, AnonyUpload détaille également ses limites techniques et sa philosophie. « Anonyupload sera 100% financé par les dons. [...] Pour les premiers tests, la taille maximale des fichiers sera de 200 ou 400 Mo (pour accueillir un grand nombre de personnes afin qu’elles puissent voir que nous ne mentons pas). Par la suite, c’est le rêve de "l’illimité" qui nous tient à cœur. [...] Nous proposons à chacun un compte FTP privé. C’est comme si vous alliez sur votre bureau à distance, cela vous appartient. Les possesseurs de chaque compte seront responsables des fichiers présents dans leur espace. [...] Nous ne voulons pas remplacer Megaupload. Mais dans une démocratie, la pluralité est essentielle, non ? »

La page d’AnonyUpload précise encore la philosophie de la maison, expliquant que le service qu’il entend proposer n’est pas une solution définitive. « AnonyUpload est un service centralisé. Quand vous uploadez des fichiers ils sont stockés sur nos disques durs, dans un endroit unique. Cela n’est pas bien ! C’est l’opposé de ce qu’est Internet : décentralisé. » Et le site d’appeler à utiliser en parallèle le peer-to-peer afin de multiplier les sources.

Une information a en particulier retenu notre attention : AnonyUpload annonce avoir acheté de l’espace sur des serveurs situés en Russie. Une localisation qui revient fréquemment ces derniers jours parmi les militants des échanges libres, le pays étant devenu un symbole de liberté/permissivité, qui laisserait se multiplier des services de téléchargement sans y regarder.

Au-delà de cette réalité, la question est technique : peut-on monter un système aussi conséquent que MegaUpload en Russie ou dans d’autres pays peu collaboratifs avec la justice américaine, la plus offensive en matière de lutte contre l’infraction au copyright ? Rappelons que MegaUpload, qui stockait 25 millions de gigas dans près de 1750 serveurs dans le monde, avait choisi de louer des fermes de serveurs situées en France, aux Pays-Bas, au Canada et aux Etats-Unis à Washington DC et en Virginie... Etat d’où est partie la plainte qui a mené le FBI à arrêter les dirigeants de l’entreprise. Pourquoi ne pas avoir choisi des pays moins volontaristes contre le piratage ?

« Le problème des fermes de serveurs, c’est la connectivité », explique une source chez Cogent Communications, l’un des plus gros transporteurs de trafic Internet mondial, cité dans l’affaire MegaUpload pour lui avoir fourni selon la justice américaine 36 serveurs situés en France. « MegaUpload a fait des choix très pragmatiques : ils ont choisi des endroits qui ont énormément de connectivité. La Virginie et Washington sont des points d’arrivée de câbles sous-marins, Amsterdam est le deuxième point européen après Londres... » MegaUpload aurait-il pu disperser davantage son réseau de serveurs ? « Oui, mais plus de sites ça veut dire une gestion de débit plus compliquée. »

AnonyUpload ou un autre file locker installé en Russie pourrait-il malgré tout atteindre la taille de MegaUpload à partir des infrastructures disponibles aujourd’hui ? « En terme de serveurs disponibles, oui : à Moscou ou en Ukraine. Ensuite, il y a l’infrastructure du réseau russe. Vous avez une route qui passe par l’Europe du Nord, qui est contrainte parce qu’elle utilise au moins un câble sous-marin. La route qui passe par l’Ukraine, qui est entièrement terrestre, est plus flexible en terme d’augmentation du débit. Mais à l’heure actuelle, il faudrait le multiplier par dix pour atteindre de quoi soutenir ne serait-ce qu’un tiers du débit d’un site comme MegaUpload en Russie. »

Le site de Retn, l’un des principaux opérateurs russes, montre ces deux routes menant à la Russie depuis l’Europe occidentale. Quant à la voie asiatique, elle utilise un câble sous-marin qui relie la Russie au Japon, mais l’acheminement jusqu’à Moscou reste à faible débit. Le mythe d’un havre du téléchargement en Russie n’est donc pas pour tout de suite.

 


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