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mardi 7 février 2012 15:29

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Anonymous, attaques en masques

par Camille Gévaudan, Sophian Fanen

tag : Anonymous

Image extraite d’un communiqué vidéo Anonymous

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Pour devenir un Anonymous, il ne suffit pas de porter le masque, il faut passer à l’action. Et à l’attaque.

Vendredi, un groupe se revendiquant des Anonymous a publié l’enregistrement audio d’une réunion téléphonique entre le FBI et la police londonienne, devisant, entre deux blagues grasses, d’actions engagées contre les hackers. C’est un gros coup, peut-être le plus gros depuis l’affaire WikiLeaks, qui réaffirme que le slogan de la nébuleuse Anonymous — « nous sommes légion » — est désormais une réalité.

Les Anonymous sont revenus au premier plan le 19 janvier, après la fermeture du site MegaUpload. Lancées depuis toute la planète, leurs attaques pour déni de service (Ddos, lire l’article) ont rendu inaccessibles le site du ministère américain de la Justice, puis ceux de Warner et Universal, du FBI, de la Maison Blanche, de l’Hadopi et de la Sacem en France… Bref, de toutes les institutions impliquées dans une lutte dure contre le piratage. Les actions se sont enchaînées tous azimuts, comme si les Anonymous voulaient répondre au durcissement récent des offensives anti-partage en prouvant leur propre force de frappe.

La fermeture de MegaUpload est le dernier événement en date à avoir provoqué une mobilisation aussi massive chez les Anonymous. Plus que l’arrestation de Kim Schmitz, le créateur du site qui a amassé des millions de dollars grâce au téléchargement direct, c’est la décapitation brutale d’un repaire de liberté emblématique de la Toile qui a déclenché leur réaction rapide et massive. « Internet est aux internautes ! » clamait dans la foulée un sympathisant dans un communiqué des Anonymous publié sur YouTube.

La liberté de partage est un cheval de bataille historique de la nébuleuse, mais il est loin d’être le seul. A la naissance du mouvement, les causes étaient même assez éloignées de la culture numérique. C’est pour défendre un enfant séropositif interdit de baignade dans un parc d’attractions américain, qu’ont été organisées, en 2006 et 2007, les premières manifestations revendiquées par des Anonymous : une mobilisation virtuelle, devant la piscine pixelisée d’Habbo Hotel, un réseau social pour enfants. Le nom du mouvement vient quant à lui des forums anarchiques de 4chan, un site américain où il n’est pas nécessaire de s’inscrire et où tout le monde se voit donc affublé du pseudonyme « Anonymous ».

 

Manifestation contre l’Eglise de scientologie à Los Angeles, le 10 février 2008 - Photo Vincent Diamante, CC BY SA

 

Le groupe est apparu au grand jour deux ans plus tard en s’attaquant à l’Eglise de Scientologie. Une vidéo de Tom Cruise, dans laquelle l’acteur débitait des âneries illuminées à la gloire de la secte, était apparue sur YouTube avant d’être retirée à la demande de l’Eglise pour « infraction aux droits d’auteur ». Criant à la censure, les internautes ont aussitôt dupliqué la vidéo sur tous les sites de partage communautaire et lancé le « Project Chanology » en guise de représailles. Au menu, des canulars téléphoniques et des attaques Ddos à l’encontre de la secte, doublées de manifestations dans « la vraie vie ». On y aperçut, devant l’Eglise de Scientologie d’Orlando (Floride) et dans près d’une centaine de villes à travers le monde, les premiers masques rieurs de Guy Fawkes (lire ci-dessous).

Depuis, d’autres ont rejoint des combats plus politiques, selon leurs affinités ou le contexte de leur pays. L’an dernier, au nom de la liberté d’expression, les plus geeks ont défendu bec et ongles le fondateur de WikiLeaks, Julian Assange, mis en difficulté après la publication de 250 000 câbles diplomatiques américains. A grands coups de Ddos, leur arme de prédilection car communautaire et presque impossible à contrer, ils ont lancé l’opération « Vengeance pour Assange » et fait tomber coup sur coup les sites de PayPal, Visa, Mastercard (qui venaient de bloquer les virements vers WikiLeaks) et PostFinance (la banque suisse qui a fermé le compte d’Assange).

Entre revendications politisées et potacheries geek, il est par principe impossible de dresser un portrait humain ou politique des Anonymous version 2012. Comme la rumeur, le groupe recrute des volontaires chaque fois que ses actions sont évoquées. Dès lors, Anonymous est tout le monde et n’importe qui, des jeunes comme des anciens, des hackers professionnels comme des amateurs, avec pour seule arme un ordinateur… Ou pas, puisque des Anonymous français, parfois masqués mais en chair et en os, sont descendus dans la rue le 28 janvier pour protester contre l’Accord commercial anticontrefaçon Acta, un traité international accusé de menacer les libertés individuelles au bénéfice de la lutte contre le piratage. De groupuscule connecté, Anonymous est ainsi devenu en quelques mois une bannière mondialisée portant toutes les luttes pour les libertés publiques. Un mouvement politique sur tous les fronts, décentralisé et rendu au peuple.

 

Le sourire de Guy Fawkes

« Il était mon père, ma mère, mon frère, vous… Il était nous tous. » Sur fond de musique classique et alors que le Parlement de Londres vole en éclats, la scène finale de V pour Vendetta montre une foule habillée de noir portant le même masque que le héros anarchiste — et anonyme — du film. C’est cette image d’une foule de clones fièrement décidés à faire chuter un régime fasciste qui a, plus que toute autre, projeté la figure moustachue au sourire narquois dans la culture populaire.

Le visage qui a servi de modèle originel est celui de Guy Fawkes, militant catholique britannique du XVIe siècle arrêté avant d’avoir mené à bien la conspiration des poudres, qui visait à assassiner le roi protestant Jacques Ier. Devenu un symbole de la lutte civile contre le pouvoir, le sourire menaçant de Guy Fawkes a été repris dans la bande dessinée d’Alan Moore (publiée dès 1982), avant d’inspirer le long métrage et de représenter les Anonymous à travers le monde.

 

Paru dans Libération du 6 février 2012


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