mercredi 15 février 2012 10:20
Anonymous (nous sommes tous, etc.)
par Pierre Marcelle
Photo Ben Fredericson, CC BY
Sous le masque au sourire moustachu et désormais familier de Guy Fawkes, sous l’intitulé générique d’« Anonymous », qui, quoi, où, quand, combien, comment ? Sans le pédagogique exposé de Libération (en son édition du 6 février), on continuerait de n’en rien savoir, ou plutôt, d’en tout confondre : les partisans de WikiLeaks ou les clients de MegaUpload, les défenseurs de Julian Assange ou les complices de Kim Schmitz, et leur statut, à l’un ou à l’autre, de voyou ou de chevalier blanc, selon qu’on se situe d’un côté ou de l’autre de l’écran. Jusqu’à découvrir que, désirée ou non, entretenue ou pas, cette confusion même donnait tout son sens à l’entreprise ayant pris pour slogan « Nous sommes légion », légion qui sonne comme une « multitude » de Toni Negri. Comme si, à travers Anonymous ou cent autres collectifs, l’anonymat, sur la Toile, dissimulait bien moins qu’il démultiplie. C’est bien sûr que le concept est intimement lié à celui de l’Internet même, dont l’acteur, qu’il soit comme l’auteur de ces lignes naunaute de base et contraint, geek consumériste ou aguerri hacker, est d’abord militant de sa propre cause, de son propre intérêt, qu’elle soit collective ou qu’il soit individuel. De sorte que, par mille relais plus ou moins technologiques, tandis que des anonymes fédèrent les révolutions arabes, organisent une dérisoire flash mob, explosent le site officiel de telle ou telle composante d’un appareil d’Etat, réveillent les sites censurés de Copwatch, manifestent comme ce week-end encore contre l’accord international Acta sur la contrefaçon ou infiltrent à l’ancienne, telle la vieille taupe activiste, le terrain de l’ennemi idéologique, tout un chacun est désormais fondé à voir Anonymous à la manœuvre, plus ou moins empirique et plus ou moins organisée, l’empirisme étant ici constitutif de l’organisation. Moralement, civiquement, politiquement parlant, est-ce que c’est « mal » ou est-ce que c’est « bien » ? Pour se faire une opinion, tout un chacun, plus ou moins pollué par son addiction à l’outil webmatique ou par ses préjugés à l’encontre de celui-ci, constatera en préambule que « Anonymous » constitue la réponse la plus naturellement libérale à l’Etat-nation libéral. Et, à considérer ses cibles et les justifications qu’il avance (quand il en avance) de ses combats ou de ses croisades, de ses règlements de comptes ou de ses taquineries, que Anonymous est incontestablement de gauche. Paru dans Libération du 14 février 2012
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