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dimanche 5 octobre 2008 11:19

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Antisocial Notworking

Web. Des projets qui questionnent la standardisation de la toile.

par Marie Lechner

tag : réseau social

A Fake is a fake. DR

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En décembre 2005, Cory Arcangel, artiste du réseau, griffonait cette missive alarmante : « Cher Internet, je t’écris pour t’annoncer que je vais commettre un “friendster suicide” mardi, c’est à dire, je vais détruire mon compte Friendster. Ouaip, je n’en peux plus. A mes Friendsters, je suis désolé... A bientôt sur le net. » Friendster, plate-forme qui sert à entretenir et faire fructifier son réseau d’amis est l’un des premiers réseaux dit « sociaux », éclipsé par Flickr, Myspace ou Facebook. Une dimension qu’Arcangel met sérieusement en doute. Sa performance Friendster Suicide fait partie d’un répertoire de propositions artistiques, sélectionnés par l’artiste et enseignant Geoff Cox pour le projet Antisocial Notworking, qui interrogent cette notion de « social », fondement de la rhétorique enthousiaste du web 2.0.

Le titre en forme de jeu de mot interroge l’apparente convivialité des interactions via les plates formes web 2.0 et l’actuelle mode de la « participation » des internautes. Certains projets artistiques émettent un doute sur cette « nouvelle démocratisation de la communication », via les blogs et les réseaux sociaux, qui ne fait d’après eux que renforcer les structures de pouvoir existantes. Les Liens Invisibles, collectif italien, propose aux blogueurs qui ont du mal à se faire entendre de détourner les outils de communications employés par les médias de masse pour accroître leur audience. Fake is a fake est un outil qui permet de cloner les sites des journaux ou des organes du pouvoir (Maison blanche, Elysée), et d’en éditer le contenu. « Vous pourrez enfin parler avec la voix du Pouvoir », promet le site qui constate que « la communication n’est après tout qu’illusion. L’information quel que soit son degré de probabilité reste une fiction. Et un faux, en fin de compte, est seulement un faux... »

Wayne Clements porte le même regard critique sur « l’encyclopédie libre » Wikipedia. Par principe, chacun peut participer à l’élaboration de son contenu, de manière totalement anonyme et éventuellement mal intentionnée. Logo_wiki permet de débusquer les éditeurs de Wikipedia liés aux institutions militaires, aux entreprises ou au gouvernement en traçant leur adresse IP. Logo_wiki met en exergue en temps réel les « rectifications » apportées par ces éditeurs de l’ombre, remplaçant le logo de Wikipedia par celui du contributeur (Microsoft, Shell, le département de l’armée américaine) dont les révisions consistent à supprimer les critiques, ajouter de l’information flatteuse, diffamer un adversaire politique (le département de la sécurité intérieure qui dénigre Howard Dean, opposant à la guerre en Irak...)

Les logiciels de blogs sont volontiers décrits comme des outils permettant une démocratisation de la parole. Le duo Jodi, avec <$BlogTitle$>, démontre que cette liberté d’expression est illusoire. Les blogueurs doivent se plier aux conventions très strictes de l’outil sous peine de voir leurs pages détruites. Jodi refuse de se couler dans ce moule logiciel, renâcle à formater son expression, de se plier au langage et à la syntaxe en usage. <$BlogTitle$>, basé sur le logiciel de blog de Google, Blogger, ressemble à une page truffée d’erreurs, remplie de textes et de ponctuation illisibles, comme si le logiciel disfonctionnait. Fidèle à leurs habitudes, ces terroristes du code s’appliquent systématiquement à déconstruire les systèmes (moteur de recherche, logiciel, jeux vidéo) transformant les interfaces lisses et familières en paysages inhospitaliers, remettant en cause la standartisation du net, et par extension de la pensée. Résultat : Blogger a supprimé trois de leurs pages. Web2dizzaster, quant à lui, nous rappelle que les réseaux sociaux sont des plate-formes propriétaires. L’utilisateur n’a pas accès aux moyens de production. Web2dizzaster imagine un web post-apocalyptique, « où seuls subsistent des vestiges HTML » –seul langage commun que les navigateurs permettraient encore de lire. Dans une galerie, il aligne des captures d’écran de dix sites emblématiques du web 2.0, vidés de leur contenu éditorial, où ne subsiste que des formes fantômatiques vides.

Linda Hilfling a elle placardé en grand les termes de service sur les panneaux publicitaires du monde virtuel Second life. Histoire de rappeler que si leur slogan proclame « Your world your imagination », dans les faits, le monde est certes construit par l’imagination de ses utilisateurs, mais il est loin de leur appartenir, le propriétaire Linden labs pouvant fermer votre compte sans avoir à se justifier...


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