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vendredi 15 septembre 2006 08:41

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Antonioni, « avec les tripes »

Réédition en DVD de plusieurs œuvres du maître italien, dont un beau coffret comprenant trois longs métrages d’avant « Blow-Up », accompagnés de riches bonus.

par Samuel Douhaire

tags : cinéma d’auteur , cinéphilie

DR

Coffret Antonioni : Chronique d’un amour (1950), La Dame sans camélias (1953) et Le Désert rouge (1964). Carlotta Films. 3 DVD, 40 euros. Le Désert rouge est également disponible à l’unité, 25 euros.
Profession : reporter, de Michelangelo Antonioni (1975). Columbia. 1 DVD, 20 euros.

Le DVD, ça sert aussi à ça : rafraîchir ses plus ou moins vieux souvenirs de cinéphiles et, au passage, rectifier sa vision d’un cinéaste. Prenons le cas d’Antonioni : selon une opinion communément admise au sein de la cinéphilie, l’œuvre du réalisateur italien se serait débarrassée petit à petit de ses oripeaux néo-réalistes pour devenir un mur porteur du cinéma moderne, le film du grand basculement étant Le Désert rouge, en 1964, premier long métrage en couleurs où la réalité est repeinte pour s’accorder aux névroses de l’héroïne, Monica Vitti. Or, quelle impression retirer du beau coffret Antonioni édité par Carlotta Films ? Que Le Désert rouge demeure bien un choc esthétique radical, mais qu’on lui préfère les premiers longs métrages d’Antonioni, quand le cinéaste de Ferrare « s’embarrassait » encore de psychologie. Et ce n’est pas seulement lié à la présence de la sublime Lucia Bosé, épouse au passé trouble dans Chronique d’un amour (1950) puis starlette de cinéma aspirant à la reconnaissance dans La Dame sans camélias (1953).

Les deux films, encore méconnus, portent en germe toute la thématique des grandes œuvres à venir, le goût pour le mystère, l’usure du couple et, bien sûr, la fameuse « incommunicabilité » avec une mise en scène plus classique que dans La Nuit ou L’Éclipse, mais pas moins remarquable (voir les plans-séquences audacieux de Chronique..., les travellings de La Dame...). Dès ses débuts, Antonioni avait parfaitement intégré les apports du néoréalisme à son univers personnel, comme le confirme la découverte, en bonus, du beau court-métrage Nettoyage urbain (1948), une vision documentaire et néanmoins poétique des balayeurs municipaux, où les plans d’une Rome déserte annoncent les espaces vides de L’Avventura. L’expérimentation sur les formes cinématographiques est déjà présente et ne cessera de s’appronfondir dans une œuvre que récapitule un documentaire brillant quoique trop bref de la Rai, Un regard qui a changé le cinéma, compilation d’interviews et d’images rares comme une séquence inédite, et bourrée d’humour - mais oui ! -, récupérée dans les chutes de L’Avventura. Antonioni y explique que, à partir de Blow-Up (1966), il a davantage tourné « avec la tête » alors que tous ses films précédents étaient fait « avec les tripes ».

C’est un peu le reproche que l’on pourrait faire à Profession : reporter, faux film d’espionnage époustouflant d’intelligence et de beauté, mais d’une froideur presque intimidante. Le film sort en DVD chez Columbia, doté d’un commentaire audio un rien fainéant de Jack Nicholson.


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  • Antonioni, « avec les tripes »

    28 septembre 2006 03:13, par aison
    Une fois encore cet article oublie "ZABRISKIE POINT", qui est pourtant un des films témoignage d’un Antonioni libéré de l’Europe et toujours interessant sur la jeunesse. Pour faire une comparaison osée, "L’auberge espagnole" parait tellement plus esthétique, façon "Amélie Poulain", sur cette période trouble des interrogations sur le devenir, le monde, les relations entre adultes et aussi lointain de la jeunesse que peut être proche l’instinctif "ZABRISKIE POINT".
  • Antonioni, « avec les tripes »

    18 septembre 2006 15:39, par simdax

    Toujours les mêmes éternelles questions

    Est-ce que c’est parce qu’Antonioni a fait l’avant-dernier plan de "Profession : reporter" avec sa tête qu’il n’en est plus le plus génial travelling de l’histoire du cinéma ?

    Je ne pense pas que réfléchir avec ses tripes ou avec sa cervelle change grand chose au goût.

    L’art c’est comme les abats, on aime ou on aime pas

    • Antonioni, « avec les tripes » 4 juin 2007 23:05, par ben
      je trouve votre conclusion bien simpliste...

 

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