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vendredi 15 avril 2011 16:34

  • télévision

« Arab Labor » passe le mur des rigolations

par Natalie Levisalles

tag : série

/ DR

Arab Labor
Ce soir à 20 h 30, dans le cadre de la 2e édition du festival Séries Mania.
Forum des images, 75001.

Arab Labor, qui sera projetée ce soir en présence de Sayed Kashua, le scénariste, et de Shai Kapon, le réalisateur, est une des trouvailles du festival Séries Mania qui se tient jusqu’à dimanche à Paris. Diffusée depuis 2007 sur la chaîne Keshet, Arab Labor fait un malheur en Israël. Le héros, c’est Amjad, un quadragénaire qui porte les mêmes chemises et les mêmes lunettes que les autres bobos israéliens. Alors pourquoi, bon sang, se fait-il arrêter par toutes les patrouilles de police ? A cause de sa vieille Subaru, lui explique son ami Meir : les seuls à rouler en Subaru sont les Arabes et les colons, sauf que celles des colons sont couvertes d’autocollants politico-religieux. Qu’à cela ne tienne, Amjad se paie une Rover hors de prix. Peine perdue : il se fait arrêter au premier check-point, on n’échappe pas à son destin.

Amjad est un journaliste arabe israélien dont la caractéristique est une volonté acharnée à se fondre dans la société (juive) israélienne. Aucun compromis, reniement ou ridicule ne l’arrête. Résultat, il passe son temps à se faire railler et rudoyer, autant par les Juifs et les Arabes que par sa propre famille. Autour de lui, Bushra, sa femme, une infirmière dotée d’un sacré caractère, qui, contrairement à lui, n’a aucun doute sur son identité arabe. Maya, leur fille, inscrite dans une école juive, parce que le niveau est meilleur. Les parents d’Amjad, consternés par les maladresses de leur fils. Il y a aussi Amal, une jeune avocate arabe militante de la cause palestinienne, et Meir, collègue (juif) et ami d’Amjad, qui se meurt d’amour pour Amal.

L’état de leurs relations suit à peu près la courbe des relations israélo-palestiniennes : saccadées et globalement mal barrées. Il y a aussi le rédacteur en chef du journal qui ne s’intéresse qu’aux scoops un peu glauques sur les relations judéo-arabes, les voisins juifs de gauche affligés d’un chien qui ne supporte pas les Arabes… La série, qui raconte les rapports ultra-ambiguës entre Juifs et Arabes israéliens de la classe moyenne, est extrêmement drôle et assez provoc, à commencer par le titre, Arab Labor, de l’hébreu « avoda aravit », « travail d’arabe », qui veut dire à la fois travail arabe et travail mal fait. L’épisode qui se passe pendant la fête de l’Indépendance montre bien comment la série aborde frontalement et par l’absurde tout ce qui fâche, dans un pays où, de toute façon, tout est absurde et tout fâche. Les citoyens juifs de l’Etat d’Israël s’apprêtent à fêter l’anniversaire de l’Indépendance de 1948, alors que, le même jour, les Palestiniens commémorent la Naqba (« Catastrophe »). A cause d’un quiproquo, et alors qu’il pensait, pour une fois, se trouver en accord avec les nationalistes palestiniens et honorer la mémoire de la Naqba, cette andouille d’Amjad se retrouve à devoir allumer une torche sur le Mont Herzl au cours d’une cérémonie sioniste, tandis que sa fille veut chanter avec ses copines de la chorale et se fiche de savoir que c’est une cérémonie à la gloire de l’Etat d’Israël. Bushra doit bien sûr tout ignorer de tout ça. Le différend familial se réglera au prix d’un petit chantage.

On est souvent au bord de s’étrangler et on finit par un fou rire : plus le sujet est touchy et plus c’est drôle. Comme son héros, Sayed Kashua, le scénariste, travaille pour un journal israélien, Haaretz en l’occurrence. Il écrit, en hébreu, d’excellents romans, des comédies douces-amères sur l’impossibilité d’être un Arabe israélien vivant dans un quartier juif et travaillant en hébreu. Amjad est d’ailleurs le jumeau du narrateur d’Et il y eut un matin (2006). Lui aussi, journaliste dans un quotidien progressiste, peste contre la lâcheté et l’hypocrisie des juifs de gauche, la mesquinerie et le conservatisme et de la société arabe traditionnelle et la parano de l’ensemble des personnes concernées.

Paru dans Libération du 15 avril 2011


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