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jeudi 12 janvier 2012 17:32

  • télévision

« Armand 15 ans l’été », un adolescent du genre hésitant

par Isabelle Hanne

tag : Arte

DR

Armand 15 ans l’été, de Blaise Harrison
ce soir à 23 heures sur Arte

 

Les derniers jours au collège, la kermesse, les grandes vacances, la chaleur, le temps élastique. Armand, 15 ans, est un peu gros, et un peu fille manquée. Il a ses manières, prend très au sérieux les histoires de cœur de ses copines — « C’est l’amour qui est en jeu, Melissa » —, se brosse les cheveux pendant des heures et aime parler anglais. Quand les garçons font du skate ou emballent les filles, Armand regarde Secret Story, fait une manucure à une de ses amies ou s’allonge dans la garrigue. En pleine adolescence, le jeune homme se tait, pense beaucoup, se questionne sûrement. Armand 15 ans l’été entame une série de six films documentaires de jeunes auteurs, qui interrogent tous la place du masculin et du féminin.

Sans voix off, sans interview face caméra, Armand 15 ans l’été capte de délicieuses saynètes de la vie quotidienne d’un ado, dans la langueur des vacances. Devant Facebook, dans une fête de village ou regardant la télé, les micros invisibles de Blaise Harrison saisissent au vol les préoccupations d’Armand. « C’est bizarre que t’aimes pas l’eau », lui lance une jeune fille en pleine baignade. « Y en a qui aiment pas le chocolat ou les bonbons », lui répond-il. Armand n’a pas encore choisi entre l’enfance et l’âge adulte, entre être fille ou garçon, entre aimer les filles ou les garçons. Avec un très joli travail sur le son et l’image, le documentaire contemple la différence, l’ambiguïté, la solitude et l’indétermination du jeune homme, dans un monde sans adultes.

À suivre dans cette nouvelle collection « les Gars et les Filles », des films au langage très personnel, qui visent souvent juste. Dans les Lovers, jeudi prochain, Delphine Dhilly, prof d’anglais à la fac de Villetaneuse, filme ses élèves lors de jeux de rôles qu’elle a imaginés, autour du genre. On est cette fois face à de jeunes adultes, plus à l’aise avec leur corps, dans la confrontation à l’autre et dans la séduction, mais déjà dans les normes et les codes. Ou, le 26 janvier, le très drôle et très intime Pleure ma fille, tu pisseras moins ! de Pauline Horovitz, sur la conception de la féminité. Un portrait décalé — « une tragicomédie », plaisante le générique — de la famille de la réalisatrice, coincée entre Dieu, Beauvoir et Dolto.

 

Paru dans Libération du 12 janvier 2012


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