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lundi 8 septembre 2008 08:10

  • cinéma

Aronofsky de haute lutte

Mostra. Décrié à la sortie de « The Fountain », le réalisateur emporte le lion d’or pour « The Wrestler ».

par Philippe Azoury

tag : festival

De notre envoyé spécial à Venise

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On attendait un prix d’interprétation pour Mickey Rourke, mais le jury (présidé par Wim Wenders et comprenant Johnnie To et Douglas Gordon) a décidé d’aller plus loin : The Wrestler, de Darren Aronofsky (remarqué en 2000 avec Requiem for a Dream), partition mélancolique jouée sur le corps scarifié d’un Rourke en catcheur crépusculaire et peroxydé, est depuis samedi soir le 65e lion d’or de Venise. Une récompense que personne ne contestera (le film combat bien), mais dont la destinée résume à elle seule la Mostra 2008.

Lorsque Marco Müller, son directeur, annonça la présence en compétition d’Aronofsky là où les critiques attendaient Gus Van Sant ou Jim Jarmusch (qui n’ont pas fini à temps leur ouvrage), ce fut la douche : The Fountain, le précédent film du jeune New-Yorkais (39 ans) était un tel naufrage, que sa seule présence n’augurait pas d’une Mostra fracassante (les années passées, avec David Lynch ou Brian De Palma, avaient mis la barre américaine plus haut). Mais au final, après un démarrage en trombe (Kitano, Miyazaki), la semaine a abondé en réelles surprises, avant de se refermer sur un Aronofsky effectivement gracié.

Dominique Blanc dans L’Autre - DR

Qu’a-t-on vu à Venise, si on se tenait à distance des critiques aberrantes proférées par certains médias italiens, de plus en plus durs envers la sélection Müller, favorisant stratégiquement le récent festival de Rome, plus commercial ? Un goût de cinéma sûr, un plaisir à le voir s’aventurer hors des formats. En distinguant Aronofsky, le jury a sans doute soulagé Müller : les Américains, qui commençaient à se demander s’il n’était pas plus judicieux de choisir Toronto, se réconcilieront avec l’Italie et personne, cette fois, ne pourra aboyer à l’auteurisme hermétique.

Derrière ce lion d’or très américain, totalement mythologique, un palmarès qui ressemble assez au déroulé du festival : le lion d’argent - prix de la mise en scène - va à Aleksei German Jr, pour Paper Soldier, histoire d’un tourment amoureux sur fond de conquête spatiale dans une datcha enneigée. Le problème avec German Jr, c’est qu’il est vraiment un héritier : virtuose comme son papa, d’une maestria épatante, tarkovskienne, pour son âge (32 ans), son cinéma étouffe par sa fidélité aux pères.

Autre surprise, Teza, de l’Ethiopien Haile Gerima, prix spécial de belle facture quoiqu’un peu old school, nous laissant un tantinet de glace. Le lion spécial à Werner Schroeter répare les sifflets débiles entendus à la projection de Nuit de chien et célèbre une œuvre entière, unique et opératique.

Et les Français là-dedans ? La coupe Volpi d’interprétation féminine est revenue à Dominique Blanc, jalouse à en devenir folle, dans l’Autre (intitulé Salope ! au moment du tournage), l’adaptation par Pierre Trividic et Patrick Mario Bernard de l’Occupation, un roman d’Annie Ernaux : un film performant, diffusant de façon très postmoderne une paranoïa tétanisante, porté par une mise en scène qui s’est affermie. On regrette malgré tout qu’en allant vers plus de maîtrise, le duo ait perdu un peu de ce sens du bricolage qui faisait de son précédent Dancing un ovni.

35 Rhums, de Claire Denis - DR

Pour le reste, certains ont pu se plaindre, encore une fois, de la supposée austérité des films français sélectionnés. Après un an de Sarkozysme, la France n’a effectivement plus l’air d’un pays respirable. Chez Trividic et Mario Bernard, chez Claire Denis, chez Des Pallières, qui rencontre-t-on ? Une nation entière en train de péter un câble. Dans Parc, d’Arnaud des Pallières, la bourgeoisie des pavillons chics, menacées par les émeutes de banlieue, se dévore elle-même. Mais le film n’arrive jamais à trouver son équilibre entre une mise en scène ultra-brillante, très sûre de ses effets, et un désir de s’orienter au fur et à mesure vers le thriller grandiloquent. Après l’intensité d’Adieu, ce film-là, plus séducteur, nous apparaît aussi plus artificiel.

Claire Denis, quant à elle, est venue avec 35 Rhums (hors compétition) tourné en parallèle à un film plus lourd et encore inachevé. 35 Rhums, c’est la récréation du cinéaste et le mode mineur va bien à ce film tout en suspension. Claire Denis, en bordure d’une gare parisienne, réussit sans jamais en faire trop dans le maniérisme (la grande maladie française de cette année), un opus hanté, d’une présence sombre et d’un calme sidérant, ressemblant comme deux gouttes d’eau au tempérament de son acteur principal, l’immense et taiseux Alex Descas.


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