jeudi 9 juillet 2009 16:29
« Arrête de t’la péter sur Myspace, en vrai t’es moche comme mes fesses »
Une étudiante américaine en doctorat de communication a publié un essai sur la tendance répandue des photos « mensongères » utilisées par les internautes du web 2.0.
tags : web 2.0 , réseau social , Myspace , facebook , étude , culture Internet
Un LOLcat cité dans un papier universitaire, tout arrive - DR
« Tous les échanges en ligne sont influencés par l’absence de présence physique ». Cette assertion d’Howard Rheingold, auteur américain porté sur les échanges entre l’homme et les nouvelles technologies, fait partie des nombreuses citations d’un curieux essai baptisé T’avais l’air mieux sur Myspace : tromperie et authenticité sur le Web 2.0 (en anglais). L’auteur de ce texte publié en ligne en début de semaine est Lauren F. Sessions, étudiante en doctorat au département Communication de l’Université de Pennsylvanie. Ses domaines de recherche gravitent autour des nouveaux médias, des réseaux sociaux etc. Bref, une geekette capable de vous proposer des LOLcats au beau milieu d’ouvrages scientifiques dans les notes de son texte. Ce dernier s’intéresse à la façon dont les internautes s’exposent, avec plus ou moins d’honnêteté, sur le web 2.0. via leurs photos de présentation. Il y a deux ans déjà, le poète Captain Brackmard chantait à tue-tête : « arrête de t’la péter dans Myspace, j’tai vu en vrai, t’es moche comme mes fesses ». Un carton sur la toile qui reflète parfaitement le sujet traité par Lauren Sessions dans son essai, qui s’intéresse aux « angles Myspaces » : Les « angles Myspace » sont décrits par un blogueur cité dans l’article comme « des photos prises sous un angle qui rend beau les gens peu attirants, et donc qui nous trompent ». Photos prise par le sujet, bras tendu, appareil légèrement penché et en plongée (toujours mieux pour masquer le double menton, l’auteur de ces lignes a testé). On s’amusera d’ailleurs à lire les noms donnés aux différentes poses (« the Emo pose », « the Asian », « the kissy face », « the shocked pose », etc.). pas de jaloux, la chose concerne garçons comme filles.
Si le nom générique donné à ce type d’avatars se réfère à Myspace, c’est parce qu’il était encore il y a peu le réseau social numéro 1 outre-Atlantique. Il va sans dire que la chose marche aussi pour Facebook et consorts. Sur le web, le terme de « tromperie » était un temps principalement réservé aux internautes affabulant complètement sur leur identité (Jean René Craypion, 47 ans, consultant informatique, se faisant passer pour Zoé, 14 ans, collégienne gymnaste par exemple). Or le succès de services comme Facebook tend à effacer peu ou prou la notion d’anonymat (du moins sur ce genre de sites), les utilisateurs s’inscrivant sous leurs vrais noms pour retrouver d’anciennes connaissances et entretenir leur réseau. L’étude de cas effectuée par l’étudiante, qui mériterait un Pulitzer rien que pour s’être enfilé des kilomètres de blogs et forums peu avenants, révèle trois points régulièrement critiqués au sujet de ces « angles Myspace » : 1) leurs utilisateurs se conforment à un courant social au dépens de leur individualité. 2) La présentation de ces photos relève du narcissisme. 3) Ces photographies dissimulent volontairement le corps des sujets, ou tout du moins modifient clairement leur véritable apparence.
L’introduction du papier mentionne l’attente plus ou moins généralisée à ce qu’un membre de réseaux sociaux corresponde « en vrai » à son profil virtuel, sous peine de « conséquences » dans le cas contraire. Parmi elles, au delà des commentaires piquants, on peut citer la mise en ligne de photos plus « honnêtes » (prises de face et de plein pied, révélant l’ensemble du corps de la personne). Si on peut comprendre l’agacement de certains internautes qui rencontrent des sosies de Jacky Sardou autodécrites comme des lolitas bimbos, force est de constater que de forts relents de misogynie crasse entourent souvent les critiques les plus fielleux. La preuve avec ce billet (anonyme, qui plus est) cité dans l’essai, écrit en 2007 sur le site Official Dating Resource. Bien que graphiquement judicieux dans son choix d’images exemples, il verse sans vergogne dans le style macho en avançant que « le phénomène des angles Myspace n’est pas nouveau mais c’est un souci de plus en plus important pour tous les hommes, jeunes ou vieux, autour du monde ». Or, comme l’essai le signale, il est évident que les hommes ne sont pas les derniers à s’adonner à ce type de pose. Lauren Sessions pointe que cette tendance au refus des photos « malhonnêtes » tend à nuancer l’air connu selon lequel Internet serait un endroit totalement « désincarné ». Elle précise ainsi que l’attente légitime des inscrits aux sites de rencontres quant à l’exactitude des visuels personnels ne se limite plus aux Meetic et compagnie, mais désormais également aux sites communautaires grand public. On pourra tiquer, et pas qu’un peu, en voyant le terme de « publicité mensongère » utilisé pour qualifier ce type de pratique (même si les mots ne sont clairement pas de l’auteur, qui se contente de les rapporter). Comme si les internautes, filles et garçons, n’étaient que des simples produits étalés à la chaîne sur les rayons du Web 2.0., cherchant à tout prix à se vendre. En attendant, comme beaucoup d’autres seront tentés de le faire en lisant ce texte, on a cherché à en savoir plus sur son auteur, et pour se faire, la tentation de trouver ses profils Myspace et Facebook était trop grande. Pour le premier, peine perdue : si Lauren Sessions y est inscrite, c’est sans doute sous pseudonyme. Par contre, pour Facebook, plusieurs homonymes de l’étudiante sont présentes. On doute fort qu’elle soit l’une des trois Lauren Sessions ci-dessous, mais reconnaissez tout de même que ce serait drôle :
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