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mardi 17 novembre 2009 16:53

  • internet

Arrête, ou je te désamifie !

par Camille Gévaudan

tags : réseau social , linguistique

Comment traduire le verbe anglais « to unfriend », désigné « mot de l’année 2009 » par le New Oxford American Dictionary ? Désamitier ? Désamir ? Désamifier ? Essayons.

Désamifier : retirer quelqu’un de sa liste d’amis sur LiveJournal, Myspace, Facebook ou d’autres réseaux sociaux. Revenant à dire à quelqu’un qu’on ne souhaite plus être son ami sans le lui annoncer, le geste est souvent perçu comme un comportement passif-agressif.

Exemple 1 : « Tu te rends compte qu’Amy m’a désamifié juste parce que je sors avec Chris ? Tout ça parce qu’il a mis un râteau à sa copine Nicole il y a deux ans. Ça craint. »

Exemple 2 : « Ouais, donc j’ai dû désamifier Charlie. Il n’arrêtait pas de polluer mon profil avec des mèmes débiles, et on ne s’est même pas adressé la parole depuis un an. On ne se reverra probablement jamais, donc ce n’est pas grave. »

Mouais. Les exemples donnés par l’Urban dictionary, dictionnaire en ligne spécialisé en néologismes et aux définitions humoristiques écrites par les internautes, passent beaucoup moins bien en français qu’en anglais. Le cas de figure est d’ailleurs le même pour tous les termes du champ lexical : de ce côté-ci de l’Atlantique, personne n’a encore jamais osé parler de « désamifrénésie » (de-friend-zy), et encore moins éprouvé de « remords de désamification » (de-friend remorse). Pour commencer, en France, on n’« amifie » personne. On « ajoute à sa liste d’amis », très sobrement, ou, pour faire vite, on « met dans ses amis ».

Mais là où les internautes hexagonaux s’encombrent de périphrases, les anglophones néologisent à tout va pour désigner les nouveaux usages et comportements apparus sur le web. Et le verbe to unfriend, dont la popularité explose, vient d’être désigné « mot de l’année 2009 » par le New Oxford American Dictionary.

Christine Lindberg, lexicographe du dictionnaire Oxford, explique très sérieusement que le mot « bénéficie à la fois d’un emploi courant dans le contexte des réseaux sociaux et d’un potentiel de longévité », à la manière de son prédécesseur podcast (2005). « Le choix du mot découle également d’une curiosité grammaticale : La plupart des mots contenant le préfixe “un-” sont des adjectifs (unacceptable, unpleasant) et il existe quelques verbes en “un-”, mais unfriend est différent de la norme. Il est construit sur une forme verbale de friend qui n’est pas usitée, du moins pas depuis le 17e siècle ! »Bref, ce mot a vraiment « un lex-appeal ».

Cinq autres candidats pour l’année 2009 appartenaient à la catégorie “Technologie” : le fameux hashtag de Twitter (signe « # » précédent un mot-clé), les mini-ordinateurs netbook, le sexting (envoi de sextos), les paywalls (péages en ligne bloquant l’accès à un site aux internautes non abonnés) et le délicieux intexticated, qui signifie « distrait par l’écriture ou la lecture de textos sur un téléphone portable lors de la conduite d’un véhicule ». On n’a pas pu s’empêcher de tenter une traduction sous forme de tongue-twister : « textoxiqué ».


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