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lundi 10 décembre 2012 11:39

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Arte Creative se Spamm d’admiration

par Marie Lechner

tags : art numérique , Arte

Quatre fois par an, une quinzaine d’artistes seront invités.

Après s’être autoproclamé « musée des Arts super-modernes » sur le Web en décembre 2011, puis matérialisé dans l’espace physique (au festival des Transnumériques à Bruxelles), le Spamm (pour Super Art Modern Museum, donc) s’acoquine avec Arte Creative, la plateforme internet de la chaîne franco-allemande dédiée à la création visuelle, pour créer un nouvel espace d’exposition en ligne.

Peu étonnant que ces deux poissons-pilotes fassent cause commune pour ouvrir une nouvelle lucarne sur la création numérique contemporaine, palliant la défaillance des institutions qui peinent à trouver une manière satisfaisante de montrer ces œuvres créées par et pour le réseau.

« Spamm.arte.tv prolonge les intentions initiales du Super Art Modern Museum : l’exposition et la valorisation d’artistes de différentes générations présents sur le Web », explique Michaël Borras, alias Systaime, artiste cofondateur de ce musée virtuel avec Thomas Cheneseau. Quatre fois par an, un commissaire invité sélectionnera une quinzaine d’artistes du Net autour d’un thème. L’exposition inaugurale, « La vanité du monde », est concoctée par le Spamm lui-même, qui se frotte à un genre artistique séculaire : la vanité, revisitée à l’ère des réseaux sociaux et de l’ego-trip triomphant, où le bonheur se mesure à l’aune du nombre d’amis sur Facebook.

Remix de la culture pop, gif animé, glitch, l’esthétique vernaculaire de la Toile irrigue les œuvres. « "La vanité du monde" présente quinze artistes qui manipulent les flux (de la Bourse, de Twitter, des émotions du monde), qui jouent avec leur image (webcam, narcissisme, Google Earth), qui ridiculisent nos gestes vains (clic de souris insaisissable, interactivité) », écrit le critique Jean-Jacques Gay, en charge de la partie éditoriale de l’exposition.

 

Extrait de Bliss, d’Anthony Antonellis.

 

Ainsi, l’artiste Anthony Antonellis ironise sur la fatuité de nos existences en ligne, avec son œuvre minimale Bliss, un unique bouton sur monochrome « bleu Zuckerberg » (couleur que le créateur daltonien de Facebook peut percevoir) qui permet de faire grimper d’un clic le nombre d’amis, de « like » et de messages reçus. Avec son bouton « here », l’artiste Claude Closky indique la direction à suivre, mais il se dérobe à nos clics, incitant à réfléchir sur cette pseudo-interactivité. Grégory Chatonsky, lui, nous perd dans les images satellitaires désertes de Google Earth, faisant du spectateur-surfeur un démiurge errant qui ne sait ni où il est, ni où il va.

Les artistes, pionniers et jeunes pousses, questionnent l’impermanence de l’homme, la futilité de son existence dissoute dans le cloud et disséquée par les algorithmes. Ainsi, dans le grinçant Occupy Wall Screens, Maurice Benayoun confronte l’état d’esprit des villes d’Indignés à l’activité des marchés financiers, suggérant que « les émotions sont prévisibles comme les valeurs boursières ». Tout aussi prévisible, votre Internet Life Horoscopes, présenté par l’aguicheuse Sarah Weis qui s’adresse directement à l’internaute, les yeux dans sa webcam : le taureau doit aller se chercher des nouveaux amis sur Facebook, les vierges tchater prudemment… Le narcissisme du réseau où chacun peut prétendre à sa minute de gloire infuse Neticones, de Systaime, qui propose de nous transformer en icône du Web en reproduisant notre image à l’aide de logotypes miniaturisés.

 

Extrait de Somewhere, de Grégory Chatonsky.

 

Par rapport au très laconique Spamm originel, la version pour Arte, plus pédagogique, s’accompagne d’un important travail éditorial. « Notre public est constitué essentiellement de 25-35 ans qui ne sont pas forcément initiés, nous souhaitions une porte d’entrée vers ces pratiques de Net-art, en proposant des textes de présentation des œuvres et des artistes », explique Laurence Rilly, d’Arte Creative.

Spamm.arte.tv préfigure la refonte du site, prévue pour avril, qui sera fortement éditorialisé, avec une partie magazine renforcée. « Pour la première fois, cette association nous a permis de rémunérer les artistes présents sur le projet, souligne également Systaime. C’est très important pour nous d’avoir débloqué cette économie. Même si on assiste à une multiplication des expositions en ligne, l’économie zéro perdure. » En attendant que, grâce à des partenaires dont la recherche est à l’étude, ces expositions débarquent dans l’espace physique.

 

Paru dans Libération du 7 décembre 2012


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