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mardi 24 novembre 2009 11:15

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« Assassin’s Creed 2 » : voir Venise et occire

par Erwan Cario

Attaque assassine au-dessus des canaux. DR

Assassin’s Creed 2
Pour Xbox 360 et PS3 (70 euros), Ubisoft

Il ne me voit pas. Il ne m’entend pas. Il pourrait, s’il faisait attention, sentir mon souffle sur sa nuque mais, même à ce moment précis, ça ne changerait plus rien. Il est déjà mort. Il pensait être à l’abri, tout en haut de la plus haute tour de San Gimignano, en Toscane, gardée par une dizaine d’archers postés sur les tours adjacentes. Mais ils ne peuvent plus rien pour lui, ils ne sont plus là. L’escalade des tours n’a été qu’une vertigineuse formalité. A cinquante mètres d’altitude, juste suspendu à une corniche, je suis dans mon élément naturel. Quand le dernier des archers s’est rendu compte de ma présence, il était déjà passé par-dessus le rebord et commençait sa longue chute. Il ne reste donc plus que ma cible. Un simple maillon d’une conspiration qui le dépasse. Un instant plus tard, il gît à terre. La lame dissimulée dans mon avant-bras n’a pas tremblé. Requiescat in pace.

Que ce soit au sommet de cette tour, au milieu du pont du Rialto ou sur les toits du palais des Doges, toujours le même réflexe : le stick droit. Sur le pad, le stick gauche permet de diriger le personnage. Le droit contrôle l’angle de vue. Et il suffit de le maintenir dans une direction pour faire tourner la caméra autour du héros. Et contempler. Assassin’s Creed 2 est un voyage, et on s’en voudrait de parcourir trop vite la trame du jeu. Il faut prendre son temps, se promener, admirer les lieux. Et l’époque.

Ainsi va la vie d’Ezio Auditore da Firenze, jeune noble florentin et héros d’Assassin’s Creed 2. La dernière production des studios montréalais d’Ubisoft prend place dans l’Italie de la fin du XVe siècle, période fastueuse et exubérante. Cadre idéal pour exploiter la virtuosité des équipes de développement quand il s’agit de retranscrire en polygones la beauté architecturale des grandes cités historiques. Le premier épisode, en 2007, a marqué les esprits. Racontant les aventures d’Altaïr, membre de la secte des Assassins durant les troisièmes croisades, c’était un voyage dans le temps entre Damas, Saint-Jean-d’Acre et Jérusalem. C’est aujourd’hui au tour de Venise, Florence et la Toscane.

Assassin’s Creed 2 est, pratiquement à tout point de vue, une version corrigée et améliorée du premier. Si tous les joueurs avaient été bluffés par la qualité graphique indéniable du titre, beaucoup avaient critiqué son aspect répétitif et la monotonie qui pouvait se dégager de l’ensemble. En effet, à l’époque, les choix de Patrice Désilets, le réalisateur (toujours aux commandes), étaient tranchés. Le joueur était la plupart du temps livré à lui-même. Il devait choisir ses assassinats, les planifier, et la structure narrative n’était présente qu’en filigrane. Altaïr, par exemple, avait tout d’une coquille vide. Personnage sans antécédents, au visage dissimulé par une capuche, il était juste là pour remplir ses missions en tant que simple avatar du joueur. Cette liberté avait un prix : une immersion conditionnée à son implication dans le jeu. Soit on s’appropriait l’univers et le personnage, soit on se contentait d’admirer les paysages en pestant contre la répétition des phases enquête-planification-assassinat, version Terre sainte du métro-boulot-dodo.

La remise en question qui a précédé la réalisation de ce second opus a été radicale. Rarement un studio aura autant pris en compte les critiques apportées à un de ses jeux pour en réaliser la suite. C’est d’autant plus remarquable que les excellents résultats en termes de ventes auraient pu conforter les développeurs. Ezio a donc un passé et une personnalité, et le joueur est invité à participer à sa vengeance qui devient par la force des choses une lutte contre une conspiration de grande ampleur ourdie par les vils Templiers. On accompagne Ezio dans son apprentissage et dans ses découvertes. L’identification devient plus immédiate, l’immersion plus automatique.

Mais, dans le jeu vidéo, narration et liberté sont étroitement liées. Si l’une prend plus de place, l’autre doit s’effacer. Assassin’s Creed 2 est donc plus dirigiste et, par exemple, la phase de planification des assassinats est remplacée par des introductions scénaristiques figées. Mais même ceux qui avaient apprécié le premier épisode ne s’en plaindront pas. Assassin’s Creed 2 happe le joueur, ne le lâche jamais. Difficile de faire soi-même le choix de mettre fin à une session de jeu. Car si les développeurs ont renforcé le fil conducteur, ils en ont fait de même pour tous les à-côtés. Entre deux missions, on peut ainsi se lancer dans une chasse aux trésors, exécuter des contrats divers, partir à la recherche de pages chiffrées et les faire décrypter par son pote Léonard de Vinci ou encore s’assurer de la bonne santé économique de la villa familiale. On retrouve même six niveaux souterrains optionnels directement inspirés du cousin Prince of Persia et focalisés sur les capacités acrobatiques. Résultat : un sentiment de liberté grisant, même si celle-ci se résume à pouvoir faire avancer à son rythme l’histoire principale.

C’est le temps du carnaval. Ezio met son masque. Sa prochaine cible : le nouveau Doge de Venise. C’est l’homme le plus puissant de la ville. Ça ne le sauvera pas.

Paru dans Libération du 23 novembre 2009


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