« Assassinat » et trahisons
par Edouard Waintrop
tags : cinéma d’auteur , cinéphilie , Japon , le coin du cinéphile
« Assassinat ». DR
Coffret Shinoda, 4 DVD 45 euros, Wild side video, les Introuvables. Assassinat (Ansatsu) de Masahiro Shinoda (1964), noir et blanc, 104 minutes, avec Tetsuro Tamba, et Eiji Okada.
Dans cet amas informe qu’on a nommé un jour Nouvelle vague japonaise, Masahiro Shinoda est un cinéaste remarquable. Comme ceux de sa génération, qui arrivèrent sur les plateaux à la fin des années 50 et au début des années 60, il voulait casser la baraque, remettre en cause la vision des anciens (Ozu, Mizoguchi, Kurosawa), trop claire à son goût. Encore que parce que Shinoda continuait à aimer les films de Mizoguchi, sa rupture ne fut que relative (1). Prenons Assassinat : on y voit combien le réalisateur s’appuie avant tout sur la complexité des situations et des personnages. Nous sommes ici dans une époque particulièrement troublée, le milieu du XIXe siècle, la fin de la guerre entre le shogunat et l’empereur, une contradiction qui allait se résoudre dans l’ère Meiji, la modernité et l’ultranationalisme. Kyokawa Hachiro est un samouraï particulièrement redoutable qui appartient d’abord au camp de Kyoto, la cour impériale, avant d’être recruté de force par le camp d’Edo, du côté du shogun pour nettoyer le pays des extrémistes, en un mot de ses anciens amis. Il accepte, commence à se retourner contre ses disciples et à en trancher un bon nombre en filets. Il ne va pourtant pas tarder à se retourner encore une fois, cette fois-ci contre ses nouveaux alliés. Comme ses combats à mort avec ses anciens élèves le prouvent, son ralliement au shogun n’était pas feint mais il dura ce que durent les engagements peu fondés, le temps de la réflexion et du retour des vieux réflexes. Kyokawa a beau être intelligent, volontaire, extrêmement courageux, la situation politique dans ces années 1860, est trop inédite et indéchiffrable pour qu’il adopte une position assurée. Il sera emporté dans le maelström qui balaie le Japon comme bien d’autres samouraï, héritiers d’une tradition qui ne les préparait pas à une telle révolution. C’est un des thèmes du cinéma des années 60 et 70 comme le prouve Assassinat et aussi le film de Misumi, les Derniers Samouraïs. Ici, tout ceci est mis en scène sans fioriture ni pathos, dans un style direct. En bonus : une interview de Shinoda, l’ex-enfant terrible du film de cape et d’épée japonais. Devenu un vieux sage (il est né en 1931) au sourire épanoui, il disserte sur l’ère Meiji, l’intervention des Américains à l’époque, la réaction idéologique des Japonais et la naissance de ce terrible nationalisme impérial, qui fit tant de mal le siècle suivant dans les années 30 et 40, et qu’il compare à l’islamisme de Ben Laden. (1) lire l’article de Jérôme Fabre sur Shinoda dans la revue Jeune cinéma n°312-313.
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