mercredi 6 avril 2011 09:07
Atteinte à la vie privée, à l’envers, tout doucement
par Pierre Marcelle
tag : vie privée
Aux attentats quotidiennement perpétrés contre la vie privée du citoyen, aux atteintes systématiques à son intimité afin de nourrir les fichiers des flics et des marchands, on s’habitue. Le « fait divers », catégorie journalistique mal déterminée mais profuse, devient toujours plus un fait banal, lorsqu’une puce de téléphone portable ou de carte bancaire trace les étapes d’une disparition, qu’une caméra de surveillance restitue le passage d’une embrouille à un tabassage, qu’un disque dur livre noir sur rouge la genèse d’un crime de sang. De police numérique en législation hadopienne, on s’y fait, mais le mal est plus profond ; et plus profondément implantée, dans le derme de la vie sociale, la puce mouchardeuse. Tiens, l’autre semaine, expérience vécue, en sortant de chez l’arracheur de dents, en s’arrêtant chez le potard. Prescription, ordonnance, emballage et passage en caisse, intromission de la carte « vitale » (sic), avec la photo d’identité qui l’adorne désormais, dans la fente de l’ordinateur qui la mange, et, cassant soudain le processus, l’œil de la pharmacienne qui s’allume. Son impératif « Regardez ! » vous invitant à franchir la ligne de son intimité professionnelle laisse présager quelque ordinaire dysfonctionnement technique, mais, en maugréant, vous obtempérez. Sur son écran, en regard de la facture, comme un clignotant Bingo ! au fronton d’un bandit manchot, un parasite « Bon anniversaire ! » a mis en joie la préposée. Quant à vous, constatant in petto qu’en effet, c’est demain qu’une année de plus au compteur vous approchera un peu plus du terme, vous vous enquérez poliment, sous le sourire bienveillant et complice du plus voisin client, de la nature du cadeau. Ça ressemble bien à une parapharmacie, ici, mais vous n’avez rien gagné. Votre date de naissance est arrivée accidentellement, une information sans but ni fin parmi des milliasses vous concernant, dispersées çà et là et dont les destinataires aléatoires n’ont que foutre. Hors celle-ci, qui va faire à votre interlocutrice une brève récréation dans sa vie de comptoir. « Moi, vous souffle-t-elle gentiment, c’était avant-hier. Comme vous, je suis bélier, du premier décan. » Et personne, dans la boutique, ne semble considérer cette confidence comme déplacée, ni, à tout le moins, incongrue… Paru dans Libération du 05/04/2011
Il y a 3 réactions à cet article.
Lire les réactions.Réagir à cet article.
Partager cet article
Partager TweetSur les mêmes thèmes:
vie privée - Facebook : Vos données, ce sont aussi un peu les siennes


