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mercredi 16 mars 2011 12:58

  • télévision

Au JT, pics d’audience et silences

par Isabelle Roberts, Raphaël Garrigos

tags : journalisme , médias , Japon

i>Télé

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Des images trop vraies pour être réelles

Omniprésentes depuis vendredi, les vidéos de la catastrophe, répétées à l’infini, rendent presque fictionnelles la dimension humaine du drame.

La vague noire roule, déferle sur la berge ; le chalutier se couche, s’encastre sous le pont, se tord et se brise. Silence. Vingt secondes de silence. En entame d’un JT, c’est une éternité, et une rareté. C’est pour dire la sidération devant un tel spectacle, qu’à France 2, dimanche soir, on a ouvert ainsi le 20 heures de Laurent Delahousse ; juste ces images de la vague noire de Miyako, déjà symbole de la catastrophe japonaise. « Il n’y avait pas grand-chose à dire, estime le directeur de la rédaction de France 2, Eric Monier, peut-être aussi que les journalistes parlent parfois trop. »

Des images, des silences mais des absences aussi : les morts. Depuis les premières éditions spéciales vendredi en fin de matinée et le bilan qui s’alourdit sans cesse, aucune vidéo, professionnelle ou amateur, ne montre de cadavres. Rien à voir, pour Eric Monier, avec le 11 Septembre, où les cadavres ont été sciemment cachés aux caméras. « On s’est fait la remarque, indique-t-il, mais c’est la conjonction de deux choses. D’abord, il y a le tsunami qui a emporté ou recouvert des corps, ou les a entraînés vers des zones difficiles d’accès, et puis il y a le fait que beaucoup des images que nous montrons dans les JT sont d’origine japonaise : il y a une pudeur culturelle. » Ainsi, explique-t-il, « on a eu l’impression que les premières images, arrivées très vite, tournées depuis des hélicoptères, avaient été coupées ».

Il a également fallu attendre près de quatre jours pour qu’arrivent des images, d’amateurs souvent, où on entend des cris ou des gémissements. Même constatation à i-Télé qui, comme les autres chaînes d’infos, a aussitôt dégainé les éditions spéciales. Albert Ripamonti, directeur de la rédaction, n’a « quasiment pas vu d’images de cadavres » parmi ce que proposaient les agences ou les EVN, les flux auxquels sont abonnées les chaînes. Au siège parisien de la NHK, la télé publique japonaise, on suppose que l’absence de cadavres s’explique par le fait que les premières images étaient celles des secours.

Cela va-t-il changer avec l’arrivée d’envoyés spéciaux sur place ? Ceux des chaînes info, comme i-Télé qui en a deux, mais aussi ceux des chaînes historiques, qui ont vite déployé les grands moyens. Dès samedi midi, France 2 avait quatre équipes sur place dont le correspondant en Chine, Alain de Chalvron, qui, dimanche soir en direct, faisait état d’une « situation angoissante ». Hier, le directeur de l’info de France Télévisions, Thierry Thuillier, a adressé un message à toutes les équipes sur place pour proposer aux journalistes qui le souhaitent d’être rapatriés. Un reporter a choisi de rentrer. Les autres sont approvisionnés en matériel de prévention.

Samedi et plus encore dimanche, les JT ont battu des records d’audience : 1,5 million de personnes en plus à 20 heures sur France 2 (soit 7,1 millions en tout) dimanche soir par rapport à la semaine dernière et 1,7 million en plus sur TF1 (soit quasiment 10 millions). Et ce alors que les JT affichaient depuis des semaines des audiences à la baisse, un phénomène imputé au désintérêt supposé du téléspectateur pour la révolution arabe et à un succès croissant de Scènes de ménages, un sitcom de M6.

Paru dans Libération du 15 mars 2011

Sur le même sujet :

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