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lundi 28 juin 2010 10:43

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Au OFFF, le rétro est in

par Marie Lechner

tags : festival , art numérique

L’univers fantaisiste de Julien Vallée : papier coloré, ciseaux et numérique. DR

La musique a ses rock stars, le design graphique aussi. Ils étaient plus de 4 000 à confluer à l’OFFF, manifestation consacrée à la création numérique, pour écouter religieusement leurs idoles, admirer leurs dernières réalisations lors de conférences archicombles, se repaître d’images globalisées, de pubs, de clips, de vidéos. A l’affiche, le tatoué Joshua Davis, gourou des algorithmes, et son alter ego féminin, l’illustratrice angelena Tara McPherson, les studios Mill, maîtres ès effets spéciaux, et la relève barcelonaise Dvein, ou Art+Com, concepteur d’installations interactives… Les festivaliers sont jeunes, venus de 25 pays, programmeurs, designers, ou simples geek(ette)s. Portent des tee-shirts qui déchirent, des montres Casio vintage et ne quittent pas leur iPhone et iPad.

Festival barcelonais consacré à l’origine aux films Flash (un logiciel d’animation pour le Web), l’OFFF s’est étendu à l’imagerie digitale sous toutes les coutures. Pour fêter ses 10 ans, il s’installe à la Grande Halle de la Villette à Paris. Entre création artistique et foire commerciale, démo de logiciels et de savoir-faire (showreel comme on dit en anglais, la langue officielle) avec force décibels, l’OFFF revendique son statut bâtard sans état d’âme. « Tout le monde veut gagner de l’argent, que ce soit sur le marché de l’art ou au service des marques. Ce qui importe ce sont les idées, la créativité, balaie Oriol Rossell, l’un de ses fondateurs, la quarantaine joviale. Il y a dix ans, ce genre était cantonné sur le Net, aujourd’hui il contamine tous les supports, du téléphone portable au cinéma. » L’excitation des débuts, les expérimentations surprenantes et l’esthétique du Web sont entre-temps devenues mainstream et la génération « post-digitale » se cherche. Un flottement raccord avec le thème de cette année, « Nostalgia for a past future ».

Stephen Heller, longtemps directeur artistique du New York Times, ouvrait jeudi la conférence avec des images de l’Exposition universelle de 1939, intitulée « le Monde de demain ». Il constate que de nos jours, « le futur est moins futuriste que jamais, juste une mise à jour d’une réalité déjà connue. Il est devenu ennuyeux », image du film Avatar à l’appui. D’où la nostalgie qui semble contaminer tous les domaines du design graphique. « Au XIXe siècle, la nostalgie était une maladie. Au XXIe, c’est une drogue, un tranquillisant et un stimulant », constate-t-il, soulignant que c’est aussi un outil marketing efficace.

Le rétro est devenu une tendance lourde en matière de création visuelle, mais aussi musicale. « Les jeunes ont la nostalgie d’une période qu’ils n’ont pas connue. Élevés avec le numérique, ils ont le sentiment d’avoir loupé quelque chose et mythifient le passé. Alors qu’ils ont des outils dernier cri pour pas cher, ils se remettent bizarrement à travailler avec du son analogique, tripotent des gameboys pour faire de la musique, enregistrent sur K7 ou VHS, font des Polaroid et du Super8 à l’heure de la HD et impriment des fanzines avec un Xerox des années 70 ! » constate, amusé, l’organisateur, Oriol Rossel. Également musicien, il consacre la série de concerts à ces bidouilleurs, adeptes du circuit bending (modification de jouets musicaux inventée par les hippies) ou qui confectionnent eux-mêmes leurs instruments électroniques comme Bleep Labs et ses Thingamagoop, synthés crapoteux contrôlés par la lumière et autre Nébulophone qu’on joue au stylet.

À croire qu’une sorte de révolution est en cours contre la perfection que permet la technologie moderne. De plus en plus d’artistes refont les choses à la main, en les combinant avec le numérique. Comme Julien Vallée, qui délaisse l’ordinateur et ses logiciels formatés pour saisir des ciseaux et du papier coloré, façonnant un univers fantaisiste. Même souci du tangible dans le travail typographique onirique de Craig Ward, qui fabrique des lettres avec des cheveux ramassés chez le coiffeur et jetés dans les airs, ou faites de culture de cellules vivantes. « Les graphistes s’expriment sur les murs des villes, démontant parfois les pubs qu’ils ont mis des semaines à fignoler devant leur écran », relèvent les fondateurs du blog d’art urbain Wooster Collective.

Face aux flux d’images testostéronées et creuses qui déferlent sur les trois écrans géants, les dessins couillus et fait main des punks de Bazooka qui ont piraté les pages de Libération à la fin des années 70, restent d’une brûlante actualité. « Vous êtes là pour décrocher un contrat publicitaire ou pour faire la révolution ? » apostrophe Kiki Picasso en tee-shirt Bob l’éponge. Clap-clap polis dans la salle pour les dinosaures…

Paru dans Libération du 26 juin 2010


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