lundi 5 mai 2008 09:29
Au Québec, une chaîne liquide sa rédaction
Télévision. TQS, en déficit chronique, a décidé de rayer les infos de sa grille. La classe politique s’inquiète.
tags : politique , presse , information
Correspondante au Québec
C’est une onde de choc qui secoue le paysage audiovisuel québécois : les nouveaux dirigeants de la chaîne de télé TQS (une des trois chaînes généralistes du Québec), ont annoncé leur intention de mettre fin à l’information et de sacrifier 270 salariés (journalistes, cameramen, monteurs...). Avant de faire disparaître définitivement les infos de sa grille, la société de production Remstar, nouveau propriétaire de TQS, entend réduire la durée de ses JT au minimum exigé par le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC), l’équivalent canadien du CSA. L’élagage devrait être terminé fin août. Déficitaire depuis sa création, mal gérée et au bord de la faillite,Si, à ses débuts, TQS s’était démarquée en apportant un nouveau souffle, avec un ton décalé, audacieux, voire insolent, la chaîne – autoproclamée mouton noir de la télé -, est en pleine débandade et peine à attirer les téléspectateurs. « Depuis sa création, en 1986, TQS n’a jamais réussi à venir à bout de son déficit, analyse Daniel Giroux du Centre d’études sur les médias de l’université Laval. La chaîne a changé de propriétaires trois fois sans qu’aucun ne trouve de formule miracle pour la sortir de ce marasme. » En se plaçant en décembre sous la loi sur les arrangements avec les créanciers, TQS, qui s’est trouvé un repreneur en mars, espérait se restructurer. « On s’attendait à ce que les propriétaires pressentis annoncent une réduction du personnel, note François Bourque, président de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ), mais personne n’avait vu l’ampleur et la brutalité de la coupure. » Il est vrai que faire vivre une rédaction coûte très cher – aucune aide n’est versée par l’Etat pour les émissions d’information. Paradoxe cependant, c’est avec son traitement de l’information locale, dans lequel les journalistes n’hésitent à prendre à témoin le téléspectateur, que TQS a fait sa marque. « Quel que soit notre avis sur ce genre journalistique, il est capital d’assurer la présence d’informations locales, prévient Daniel Giroux. Perdre une source d’information, c’est un peu remettre en cause la démocratie et cela n’a rien de réjouissant. » Une réalité dont la classe politique québécoise est convaincue. Dès l’annonce de la mise à pied de 48 % de l’effectif de TQS, l’Assemblée nationale a adopté une motion unanime exigeant le maintien de l’information. Mais, si la chaîne s’est engagée devant le CRTC à diffuser un certain nombre d’heures d’information locale, rien ne l’y oblige. Les employés mis à pied refusent cependant de baisser les bras. « Nous avons l’appui des politiciens et de la population, lance Eric Lévesque, porte-parole des journalistes syndiqués de TQS-Québec. Nous espérons que le CRTC entendra nos voix, pour sauver nos emplois mais aussi par respect pour le droit à l’information. »
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