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jeudi 1er avril 2010 18:22

  • télévision

Aux bons soins de la junky Jackie

par Isabelle Hanne

tags : série , Canal+

DR

Nurse Jackie série créée par Evan Dunsky,
Linda Wallem et Liz Brixius Saison 1, 1 et 2/12
ce soir à partir de 22 h 10 sur Canal+

Quoi, encore une série médicale américaine ? Vous en avez pas votre dose, vous, des Urgences, Scrubs, Grey’s Anatomy et autre Dr House ? Des blouses bleues et blanches, des stéthoscopes, de l’hémoglobine, des « NFS, chimie, iono ! » à tous les étages ? En plus, les épisodes de Nurse Jackie ne durent que 26 minutes, foutu format de sitcom, et non les sacro-saintes 40 à 52 minutes des séries dites de qualité. Soyons honnêtes : si ce n’était pour l’immense Edie Falco, la Carmela de Tony dans les Soprano (deux Golden Globes et trois Emmy Awards), on serait complètement passé à côté de Nurse Jackie.

Jackie (interprétée, donc, par Edie Falco) n’est ni neurochirurgienne star ni déesse cardiologue. Elle est infirmière. Rien qu’en ça, elle est intéressante. Car s’il y a bien eu des personnages d’infirmières dans les séries susnommées, elles étaient souvent reléguées au second plan, et finissaient toutes par se faire larguer par le beau brun chirurgien-urgentiste. Nurse Jackie joue avec les codes de la série médicale traditionnelle : ici, pas de docteurs héros, pas d’opérations miracles, pas de résurrections au bloc. La série, mi-comédie un peu noire, mi-drame, se concentre sur les à-côtés de l’hôpital- le dialogue avec le patient, sa famille, les petits soins et les petits gestes. Jackie travaille aux urgences du All Saints, un hôpital un peu difficile de New York. Comme son nom l’indique, c’est un établissement religieux : on croise des nonnes dans les couloirs, et la chapelle sert de salle de repos aux infirmiers. On est loin des hôpitaux ultrahigh-tech des séries susnommées. En plus d’être une « simple » infirmière, Jackie n’est pas vraiment une jeunette. Là aussi, on est loin des midinettes de Grey’s Anatomy.

Mais ce n’est pas tout. Pardon d’avance pour les spoilers, mais il est impossible d’expliquer l’intérêt de la série sans révéler deux ou trois choses. Car le sel de Nurse Jackie se trouve dans les ambivalences, les paradoxes cultivés par les personnages de la série. Et Jackie la première. C’est qu’elle n’est pas parfaite parfaite : infirmière dévouée et compétente, mais blasée et n’hésitant pas à bafouer le règlement de l’hôpital. Bonne mère de famille, mais femme adultère à double vie. Elle est surtout totalement accro aux antidouleurs, qu’elle soutire à son amant et dealer Eddie (Paul Schulze), le pharmacien de l’hôpital, après un petit coup sous la blouse tous les jours à midi pile.

Les seconds rôles sont pas mal dans le genre. La stagiaire Zoey (Merritt Wever), tordante malgré elle, bouboule, pataude et philosophe, et le Dr Cooper (Peter Facinelli), sosie beau gosse et grande gueule du Dr Carter d’Urgences mais souffrant d’un étonnant syndrome de type Tourette en situation de stress. L’épaisseur des personnages et les dialogues savoureux viennent soutenir un scénario qui pèche parfois par son absence de rythme. Mais ce qui tient le spectateur, ce sont les efforts de Jackie pour garder la face. Le véritable nœud dramatique, c’est le mystère Jackie, sainte et junky.

Paru dans Libération du 1e avril 2010


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