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jeudi 23 juin 2011 09:31

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Avec la valise internet, la censure se fait la malle

par Fabrice Rousselot

tags : politique , liberté d’expression , censure , États-Unis

Place Tahrir, le 11 février. Photo Dylan Martinez / Reuters

De notre correspondant à New York.

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D’apparence, cela ressemble à une valise ordinaire. A l’intérieur toutefois, on trouve un ordinateur portable bardé de nouvelles technologies qui peut se transformer en véritable émetteur wi-fi, afin de se connecter à n’importe quel réseau internet satellitaire. Ils sont des dizaines de jeunes développeurs à travailler sur ce projet à Washington, mais le plus étonnant est qu’ils le font grâce au financement du département d’Etat américain. Celui-ci a bien l’intention, dans un jour très proche, de mettre ladite valise à la disposition de tous les opposants politiques de la planète qui voient leur accès à la Toile bloqué par le pouvoir en place.

Cela pourrait s’appeler la guerre secrète d’Internet. Ou comment l’Amérique a décidé de financer de nombreux projets visant à permettre à tous ceux qui le veulent de pouvoir contourner la censure dans les régimes autoritaires. La semaine dernière, le New York Times a ainsi révélé que le département d’Etat comptait consacrer pas moins de 70 millions de dollars (49 millions d’euros) à cet effort en 2011. « Nous voyons de plus en plus de gens à travers le monde utiliser Internet, les téléphones portables et autres technologies pour faire entendre leur voix, alors qu’ils protestent contre l’injustice et qu’ils essaient de réaliser leurs aspirations, a commenté la chef de la diplomatie, Hillary Clinton, dans un mail envoyé au quotidien new-yorkais. C’est une opportunité historique pour avoir un impact sur tous ces changements. »

Cette nouvelle bataille américaine contre la censure s’est largement intensifiée dans le sillage des révolutions qui agitent le Moyen-Orient, et durant lesquelles Internet et les réseaux sociaux ont joué un rôle crucial. Hillary Clinton avait été l’une des premières à s’élever contre les coupures du réseau opérées en Egypte par Hosni Moubarak. « C’est une façon de répondre aux critiques selon lesquelles l’Amérique n’a pas été assez prompte à soutenir les soulèvements que nous avons pu observer, estime Bruce Hoffman, directeur du Centre d’études pour la paix et la sécurité à l’université de Georgetown et ancien de la CIA. Quelque part, c’est aussi une extension du type de technologies que l’on utilisait durant la guerre froide quand on avait recours à Voice of America [radio internationale, ndlr]par exemple pour faire passer "le message de la liberté" en Europe de l’Est. »

Cette fois, le département d’Etat est allé un peu plus loin et, de façon assez inhabituelle, s’est adjoint les services d’acteurs d’Internet, militants de longue date de « l’open source » et du logiciel libre. La fameuse valise par exemple, qui est financée sous forme de bourse à hauteur de 2 millions de dollars (1,4 million d’euros), est développée sous la direction de la New America Foundation, une organisation non partisane, dont la mission est « d’apporter de nouvelles idées dans le débat public ».

Elle a recours à une technologie connue sous le nom de « réseau maillé » qui transforme ordinateurs ou téléphones portables en émetteurs. Il suffit alors de paramétrer correctement l’appareil pour créer un Internet alternatif et se connecter, même si un gouvernement a coupé l’accès de ses citoyens au Web. Josh King, l’un des ingénieurs qui travaille sur le projet, confie : « C’est vrai que cela peut surprendre, mais nous nous sommes rendu compte que les objectifs du département d’Etat et les nôtres étaient les mêmes.A savoir faciliter les communications entre les activistes à l’étranger et leur garantir la liberté de parole. Et de voir des dictatures s’effondrer soudain un peu partout dans le monde, avec une participation active de Twitter ou de Facebook, a renforcé notre motivation. »

En réalité, Washington multiplie les initiatives. Dans une douzaine de pays, le département d’Etat a sollicité ses diplomates pour entrer en contact avec opposants et dissidents, afin d’évaluer comment utiliser aux mieux ces nouvelles technologies. En Afghanistan par exemple, les Etats-Unis ont déjà développé un réseau de télécommunications indépendant du réseau national, en installant des tours téléphoniques dans les bases militaires. Ce qui permet de communiquer par téléphone portable sans craindre que les messages soient interceptés.

Pour l’instant, le département d’Etat a bien pris le soin de préciser que ces projets étaient destinés à « promouvoir la démocratie là où elle est malmenée », et non pas à faciliter le renversement de régimes autoritaires ou autocratiques. La valise, elle, pourrait être opérationnelle dès l’été 2012 et « testée » dans plusieurs pays. « C’est un terrain glissant, poursuit néanmoins Bruce Hoffman, car même si on ne veut pas dire que l’on participe directement à la chute d’un gouvernement, on donne à la fois les outils et les moyens à un soulèvement populaire de parvenir à ses fins. »

Paru dans Libération du 22 juin 2011


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