Avi Mograbi, Israël au vitriol
Quatre films entre humour et engagement politique radical.
par Samuel Douhaire
Avec sa bouille ronde, sa manière de se mettre en scène au coeur même de ses documentaires, son humour au vitriol et son engagement politique radical, Avi Mograbi pourrait faire figure de Michael Moore israélien. A ceci près que l’auteur d’Août (avant l’explosion) met également de la fiction dans son réel, et ne rechigne pas à l’autodérision. Mograbi, 50 ans, paye de sa personne, et pas seulement dans ses films : en 1983, opposé à la guerre qui faisait rage au Liban, il a refusé de faire son service militaire, ce qui lui a valu de passer trente-cinq jours en prison. Depuis, le réalisateur trublion tourne des documentaires ultracritiques sur la société israélienne, dénonçant la roublardise d’un Ariel Sharon comme les mécanismes de séduction à l’oeuvre dans les médias (Comment j’ai appris à surmonter ma peur et à aimer Ariel Sharon), la destruction de villages palestiniens lors de la création de l’Etat d’Israël en 1948 (Happy Birthday, Mr. Mograbi !), la violence exercée par l’armée dans les territoires occupés qui finit par contaminer le quotidien israélien lui-même (Août [avant l’explosion]). Le tout sous la forme de journaux intimes, où le réalisateur met en parallèle sa propre schizophrénie et la mauvaise conscience de son pays, où les effets comiques des séquences tournées à la maison accentuent par contraste la dimension tragique d’un réel sous tension.
Faut-il y voir un symptôme de la dégradation de la situation en Israël ? Le dernier film de Mograbi, Pour un seul de mes deux yeux, est beaucoup moins drôle que ses précédents. Mais la virulence politique, elle, est toujours là. Expliquer que Samson, figure mythique de l’histoire juive, est l’homme qui a inventé l’attentat-suicide, il fallait oser...
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