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mardi 18 septembre 2007 11:02

  • télévision

BBC : blues, bourdes, critiques

par Sabine Limat

tags : Royaume-Uni , BBC

Children in Need, l’un des derniers scandales de la BBC.

Correspondante à Londres.

Pour les Britanniques, la BBC, c’est un peu comme la monarchie : une institution qui a ses failles, que l’on aime à critiquer, mais qui symbolise un esprit typiquement british et un pilier culturel de l’identité nationale. Pas étonnant dans ce contexte que la série de scandales ayant secoué la BBC cet été ait tant traumatisé le pays.

Une enquête interne a ainsi révélé en juillet que les « gagnants » de concours téléphoniques inclus dans six émissions - parmi lesquelles Comic Relief et Children in Need, deux « téléthons » particulièrement populaires, ainsi que Blue Peter, une émission culte pour enfants - étaient en fait des employés s’étant fait passer pour des téléspectateurs. Dans le cas de Blue Peter, l’Ofcom, l’organisme public de régulation des médias, a obligé la BBC à payer une amende de 50 000 livres (72 000 euros) : une première historique. Last but not least, la BBC a dû s’excuser publiquement le même mois auprès de la reine, après avoir présenté un extrait d’un documentaire la montrant en train de prendre la mouche lors d’une séance de photos organisée avec Annie Leibovitz. Ce « scoop », annoncé de façon clinquante lors d’une conférence de presse, n’était en fait que le résultat d’un montage douteux réalisé par la société de production.

Certes, les autres chaînes ont aussi été secouées par le même type de scandales. Mais, si le public britannique tolère que les chaînes commerciales puissent tricher, le fait que « Tantine » (« Auntie »), comme les Britanniques surnomment affectueusement la BBC, soit impliquée dans des pratiques douteuses a beaucoup plus de mal à passer.

Avec un budget annuel de 3,5 milliards de livres (5 milliards d’euros), financés par une redevance de 140 livres (200 euros) par foyer, le réseau se targue en effet d’offrir les meilleurs programmes audiovisuels du monde, censés symboliser un sens de l’excellence et de l’éthique qui en font un modèle du genre.

Fondée en 1922, la mission de la BBC, qui emploie 26 000 personnes en Grande-Bretagne et demeure le plus large réseau audiovisuel du monde en termes d’audience, est d’ « informer, éduquer et distraire ». La « Beeb » (son autre surnom) a ainsi pour objectif d’offrir des émissions grand public susceptibles de plaire au plus grand nombre, tout en garantissant la production de programmes que ses concurrents privés n’ont pas l’habitude de diffuser.

Bien que publique, la BBC fonctionne de façon ­to­talement indépendante, son « Trust », qui remplace depuis le 1er janvier l’assemblée des Gouverneurs, ayant pour rôle de garantir que le réseau soit « libre de toute influence po­litique et commerciale et n’[ait] de comptes à rendre qu’à ses téléspectateurs et auditeurs ».

Du coup, la surenchère critique va bon train, les railleries les plus féroces provenant le plus souvent de la BBC elle-même. Jeremy Paxman, le présentateur de l’influente émission d’actualités Newsnight, et Andrew Marr, l’ancien directeur de l’in­formation de la chaîne, ont tous deux abondamment dénoncé l’émiettement des valeurs de la Beeb.

Pour Marr, la perte de confiance des téléspectateurs à l’égard de la BBC apparaît bien plus dommageable que le scandale qui avait explosé en 2004. A l’époque, la chaîne avait accusé le gouvernement d’avoir « donné du piquant » au dossier des armes de destruction massive ayant mené à l’intervention militaire de la Grande-Bretagne en Irak. Ce qui avait abouti à la démission de Greg Dyke, alors directeur général de la BBC : « Le débat d’aujourd’hui a plus d’importance, dans la mesure où il implique la BBC et ses usagers », écrivait ainsi le journaliste, dans le Guardian, le 24 août.

Mais ce sont ses dirigeants qui se sont montrés les plus critiques. Son Trust s’est ainsi déclaré « profondément inquiet que des fautes importantes relatives au contrôle et au respect des programmes aient édenté les valeurs d’exactitude et d’honnêteté de la BBC ». Mark Thompson, son directeur général, s’est de son côté excusé auprès du public, après s’être engagé à organiser des séminaires autour du thème de la confiance pour tous ses employés, et vilipendé dans la presse ceux qui l’accusaient de « dramatiser ».

James Purnell, le secrétaire d’Etat à la Culture, a préféré rester optimiste, déclarant le 11 septembre à une conférence que, « malgré tous les défis auxquels la BBC a dû faire face, elle demeure l’une des meilleures télévisions du monde ». Un avis que continuent de partager bon nombre de Britanniques, malgré les écarts récents de leur « Tantine » chérie.


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