Barbe et peur bleues
par Edouard Waintrop
tags : cinéma d’auteur , cinéphilie , développement durable , le coin du cinéphile
DR
La collection Serial Polar nous permet de voir Barbe bleue, un des films les plus fameux d’Edgar G. Ulmer, dans une copie tout juste acceptable mais avec des bonus simples et éclairants. Ulmer (1904-1972) est l’un des plus étranges cinéastes d’Hollywood. Né en Moravie, il coréalise à Berlin, en 1930, avec les frères Siodmak (Kurt et Robert) et Fred Zinneman, un film superbe, néoréaliste avant la lettre, les Hommes le dimanche. Après l’accession au pouvoir des nazis, il part aux Etats-Unis, dirige, en 1934, le Chat noir, avec Bela Lugosi et Boris Karloff, un film d’horreur très personnel. Pendant le reste des années 30, il enchaîne des longs métrages « ethniques » et fauchés, afro-américains, ukrainiens et yiddish. Il ne renoue avec la production courante que dans les années 40. D’abord avec des séries B pas formidables puis, en 1944, avec ce Bluebeard, production sans le sou, sans vedette, lointainement inspirée du conte de Perrault et située dans un Paris du XIXe siècle peu réaliste. Comme d’autres bons Ulmer (Détour surtout), Barbe bleue fonctionne comme un cauchemar. Son protagoniste est un type au physique angoissant, incarné avec bonheur par John Carradine, acteur aux traits torturés et au regard mélancolique. Inquiétant et émouvant dans son rôle d’étrangleur des jeunes femmes, il est pour beaucoup dans la réussite de Barbe bleue. Comme d’ailleurs la photo noire, presque bouchée d’Eugène Schufftan. Ce génie allemand des ombres fut le maître des lumières de Quai des brumes de Marcel Carné.
Barbe bleue , de Edgar G. Ulmer (1944)
DR
Collection Serial Polar, Bach Films
7 euros
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