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jeudi 24 janvier 2008 11:50

  • télévision

Bas les Basques

Succès d’une émission de télé qui moque tabous et clichés.

par François Musseau

tag : politique

Pascal Rabaté. Né en 1961. Dernier album paru : la Marie en plastique, avec David Prudhomme (L’intégrale, Futuropolis).

De notre envoyé spécial à San Sebastián

« Qu’est-ce que va en dire Vaya Semanita  ? » Chaque jeudi, avant d’allumer leur poste pour savourer cette émission d’humour décapant, des milliers de Basques se posent la question. Vaya Semanita  ! fête son 5 000e sketch cette semaine et personne ne conteste à ce programme satirique, diffusé en castillan sur la télé publique basque (ETB2), son statut d’institution. Ni son succès  : à 22 heures (soit en prime-time en Espagne), un jour de forte concurrence avec les chaînes nationales, l’émission oscille entre 20 et 30 % d’audience. Sans compter qu’elle est très suivie dans le reste de l’Espagne, où beaucoup la téléchargent ou la regardent sur le site Internet, et même jusqu’en Amérique latine.

Un peu à la manière des Guignols, Vaya Semanita  ! (« Drôle de semaine  ! ») écorne depuis 2003 tous les tabous et se rit des clichés basques à travers des sketchs. La religiosité bigote, le sexe (trop) rare, l’autodétermination, l’entêtement proverbial, la supposée force physique, le chauvinisme footballistique, le vieux fond rural, la police autonome... Tout y passe, y compris une parodie sans concession du gouvernement régional nationaliste (et de ses rivaux), et surtout, un regard caustique sur ETA. En somme, une vraie satire dans une région ayant subi quatre décennies de terrorisme et où on évite de parler politique à voix haute.

« Notre force, c’est d’être respecté de tout le monde, précisément parce qu’on épargne personne, tout en évitant le mauvais goût et l’insulte. Nous n’avons subi aucune censure », souligne Javi Garcia Vicuña, le directeur du programme. Coordinateur-producteur de 40 personnes (dont 10 acteurs et 8 scénaristes), Unai Martinez voit un lien entre le succès de l’émission et la tension politique  : « On a commencé en pleine trêve d’ETA et on pouvait davantage se lâcher qu’aujourd’hui, avec la reprise des attentats. Mais je crois que notre humour a une vertu cathartique. D’une certaine façon, les gens pensent  : la situation n’est pas grave au point de ne pas pouvoir en rire  ! » Trois exemples tirés de Vaya Semanita  !, le rire aux basques.

Les Batasunis

Deux marionnettes façon Rue Sésame sont les héros de ce sketch qui se moque des militants séparatistes de Batasuna, la vitrine politique d’ETA mise hors la loi par la justice espagnole. Les deux, qui portent des keffiehs palestiniens, se découvrent des problèmes de vue  : sur la route d’Hernani (un fief indépendantiste), l’un se heurte à un vide-ordures  ; l’autre confond un policier espagnol avec un ertzaina, un policier basque. Une fois chez l’oculiste, ce dernier est opéré pour daltonisme  : la ikurriña, le drapeau basque, est composé de vert et de rouge. Plus tard, les deux personnages se rendent à la piscine, tout peureux. Le premier exhibe un caleçon de bain aux motifs séparatistes, objet de moquerie dans le vestiaire car il « moule de façon obscène ses deux petits territoires historiques ». Tout aussi timoré, le second se refuse à se baigner, car « l’eau m’oppresse autant que l’Etat espagnol ».

Les « euskaltegis »

Ce sont les cours de langue basque (euskara) pour adultes – un phénomène de société – fortement recommandés par les nationalistes au pouvoir qui misent sur l’essor de l’euskara. A l’image, la professeure demande aux élèves leur motivation. « Pour apprendre une langue millénaire aux origines mystérieuses », répond Manu. Rapidement, on apprend la vérité. Chômeur, Manu se voit refuser tous les boulots car il ne parle pas l’euskara, obligatoire dans l’administration, et bien vu ailleurs. A l’euskaltegi, un autre élève se moque  : « Si tu baragouines pas l’euskara, tu as une bonne solution  : émigrer en Espagne  ! » Fou rire dans la classe.

La Bible racontée aux Basques

L’ancien testament est revisité sur un mode basque. Aux origines des temps, Antxon et Maite vivent dans l’éden euskeriko (le paradis basque). Dieu leur dit  : « Vous devez procréer et répandre de par le monde le rhésus négatif [groupe sanguin qui caractériserait la race basque, ndlr] ». Cela prend du temps. Antxon met dix ans à séduire Maite et à consommer l’union, allusion à la supposée faible appétit sexuel des Basques. Maite n’autorise qu’un seul ébat, dont les fruits sont deux jumeaux de type Cain et Abel, Joseba et Josu Jon – prénoms de deux ennemis jurés du parti nationaliste basque. Plus tard, descendant un fleuve, un bébé Moïse basque est recueilli par le roi espagnol, à Madrid. Il est promis à monter sur le trône mais, un jour, soulevant avec facilité une énorme pierre, il se rend compte qu’il est basque. « Merde, se dit-il, pourquoi ça m’est arrivé à moi  ? Je commence à comprendre pourquoi je suis encore puceau  ! » Devenu « Sabino », ce Moïse transforme l’eau en vin, « origine de notre nature d’ivrogne », dit-il soûl et appelle à se libérer du joug espagnol. « Pour, enfin, cuver en paix. »


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