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mercredi 23 février 2011 18:29

  • télévision

« Berlin 1885 » : le partage du gâteau Afrique

par Isabelle Hanne

tags : histoire , Arte , docu-fiction , Afrique

DR

Berlin 1885, la ruée sur l’Afrique
docu-fiction de Joël Calmettes
Arte, ce soir à 20 h 40

Excepté une grande carte du continent, on est très loin de l’Afrique. Sous les lustres, les lambris et les dorures du palais du chancelier Bismarck, à Berlin, elle est pourtant l’objet de toutes les convoitises. Sans y avoir jamais mis les pieds pour la plupart, ni donner la parole à aucun Africain, les représentants des grandes puissances d’Europe, ainsi que les Etats-Unis et l’Empire ottoman, vont décider, d’octobre 1884 à février 1885, du destin d’un territoire vaste de 30 millions de km2. Avec comme seule vision pour l’Afrique, celle circonscrite par leurs propres intérêts.

Le docu-fiction Berlin 1885, la ruée sur l’Afrique propose une fidèle reconstitution de ce prélude à la colonisation et de ses débats, qui avaient pour but officiel d’« ouvrir le continent au commerce et à l’instruction », et de « servir la cause de la paix et de l’humanité ». Il s’agit surtout, pour ces têtes pensantes et dégarnies, imprégnées d’idéologie sur la hiérarchie des races, d’une course effrénée vers de nouvelles terres et matières premières. Sujet central, le partage du Congo et la mise en place de règles pour la future colonisation. Les diplomates, redoutables négociateurs en rouflaquettes et redingotes, s’écharpent au sujet de la libre circulation sur les fleuves Congo, Niger, Zambèze ou Sénégal. « La conférence prend peu à peu l’allure d’une réunion de copropriétaires vétilleux », dit la voix off. Pendant ce temps, le roi des Belges Léopold II, absent physiquement mais omniprésent dans les débats, parvient à mettre le Congo dans sa poche, dont il a bien compris le potentiel.

Il n’existe aucune image de la Conférence de Berlin — le cinéma n’est inventé qu’une poignée d’années plus tard. Pour s’attaquer au sujet, Joël Calmettes (Mitterrand et l’affaire de l’Observatoire, Nelson Mandela…) a donc choisi le docu-fiction. Son film est un huis clos découpé en cinq actes, qui alterne reconstitutions précises des négociations, basées sur les minutes de la Conférence, et séquences d’interviews d’historiens européens, africains et américains, qui expliquent comment cette conférence porte en elle les germes de nombre de conflits futurs. Sans doute pour ne pas compromettre sa grande rigueur historique, Berlin 1885… se refuse à exploiter les ressorts de la fiction. L’ensemble est, du coup, très sérieux et un peu désincarné.

Paru dans Libération du 23 février 2011


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