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jeudi 15 février 2007 14:19

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Berlinale 2007 : Allemagne, année gla-gla

A la Berlinale, deux films rudes, révélateurs du renouveau du cinéma outre-Rhin.

par Didier Péron

tags : cinéma d’auteur , cinéphilie , festival , Allemagne

Yella de Chistian Petzold - DR

Alors que la Berlinale entame sa dernière ligne droite, ses deux concurrents (et néanmoins amis, bien entendu), Cannes et Venise, en profitent pour se faire un peu de publicité. Côté Mostra, une nouvelle d’importance est tombée hier avec l’annonce, enfin officielle (de la bouche du ministre de la Culture italien, Francesco Rutelli), de la construction sur l’île du Lido d’un nouveau Palazzo del Cinema, avec un budget de 90 millions d’euros, qui devrait permettre à Venise de bénéficier enfin de l’infrastructure moderne à la hauteur de sa réputation. Côté cannois, quelques indiscrets ont vendu la mèche d’un des projets-anniversaires pour la 60e édition du Festival qui débutera le 16 mai prochain : un film collectif réalisé en grand secret par quelques-uns des plus prestigieux cinéastes en activité (Gus Van Sant, Wong Kar-wai, Ken Loach, Abbas Kiarostami, Hou Hsiao-hsien, entre autres).

Le hasard a voulu que les deux nouveaux films, de ceux qu’on peut considérer comme les parrains, ou les modèles, du nouveau cinéma allemand, Christian Petzold et Angela Schanelec, respectivement 47 et 45 ans, soient projetés à deux jours d’intervalle. Petzold a droit aux honneurs de la compétition officielle avec Yella, tandis que Schanelec est étrangement cantonnée dans la section off du Forum pour son Nachmittag... Ils ont en commun une certaine attitude froide et cérébrale dans leurs descriptions du comportement humain. Leur notoriété internationale reste très en deçà de leur importance artistique, avec désormais cinq longs métrages chacun à leur actif. Seuls Contrôle d’identité (pour Petzold) et Marseille (pour Schanelec) sont sortis en France. Yella est sans nul doute le candidat le plus sérieux à l’ours d’or, si une telle récompense doit sanctionner en priorité la fermeté et l’audace d’un cinéaste encore en mal de reconnaissance.

Le titre du film est le prénom d’une jeune femme qui quitte sa province de l’est de l’Allemagne pour travailler comme analyste de données financières à Hanovre. Harcelée par son ancien compagnon, qui l’accuse de l’avoir ruiné, Yella rencontre Philipp, qui travaille pour un établissement de fonds d’actions en Bourse. Philipp, impitoyable en affaires, lui propose de l’accompagner à divers rendez-vous dans des entreprises en recherche d’investissements. Petzold orchestre dans un style sans fioritures l’irruption du fantastique dans un monde entièrement voué à l’apparente rationalité de l’argent. Les bureaux aux vastes baies vitrées, l’atmosphère feutrée des hôtels au confort standardisé, la gestuelle étudiée des cadres sur le front des négociations de contrats renvoient les personnages au sentiment de la totale irréalité de leurs existences. Le film peut être vu comme une critique du libéralisme, lequel réduit le champ de l’expérience à la seule âpreté de la compétitivité générale. Mais une telle lecture réduit l’ambiguïté des personnages, en particuliers Yella elle-même (interprétée par la formidable Nina Hoss), dont les motivations nous demeurent de bout en bout opaques. Le mouvement d’élucidation est constamment battu par un reflux contraire qui vient obscurcir ce que l’on s’apprêtait à peine à comprendre.

Dans Nachmittag, Angela Schanelec signe une variation sur la Mouette de Tchekhov, dont elle tient l’un des rôles principaux, celui d’Irène, une actrice de théâtre qui passe quelques jours de relâche dans sa maison au bord d’un lac. Autour d’elle gravitent Konstantin, son fils d’une vingtaine d’années, son mari malade, son amant écrivain, et Agnes, la petite amie de son fils. Il fait incroyablement beau, la végétation est splendide comme elle peut l’être en été à Berlin. Mais dans ce cadre idyllique rôde un sentiment de malaise et de vacuité. Chacun est rongé dans son coin par une insatisfaction butée ou hargneuse. Proche du cinéma de Bergman, c’est le manque d’enthousiasme pour la vie sous ses aspects les plus contingents que Schanelec examine avec un mélange de dédain et de compassion.


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