BlackBerry : smartphones sous surveillance
Aux Emirat Arabes Unis, une mise à jour du système contenait un spyware.
par Thibaut Charron
tags : polémique , surveillance
Photo CC edans
Les 145 000 possesseurs de BlackBerry aux Emirats Arabes Unis doivent se poser quelques questions. Etisalat, un opérateur mobile possédé majoritairement par le gouvernement, a distribué la semaine dernière une mise à jour à télécharger pour les smartphones. Certains utilisateurs ont alors remarqué qu’après la mise à jour, la batterie de leur téléphone avait tendance à fondre plus vite. Et pour cause : on venait fouiller à l’intérieur. La mise à jour ressemblait en effet à un spyware, donnant la possibilité à un tiers de parcourir le contenu des fichiers du propriétaire de l’appareil. RIM, le fabriquant des BlackBerry basé au Canada, dit ne pas avoir autorisé cette mise à jour et « n’a pas été impliqué d’une quelconque manière au test, à la promotion ou à la distribution de ce logiciel ». Malgré un communiqué de presse d’Etisalat prétendant que « la mise à jour était nécessaire pour l’amélioration du service », le système distribué semble bel et bien être un programme de surveillance développé par la société californienne SS8 Network Inc. Selon leur site, l’entreprise est « leader dans l’interception de communications et fournisseur mondial de solutions d’interception électronique et de surveillance ». Beau programme. Selon le Wall Street Journal, la mise à jour pouvait notamment intercepter des e-mails et en envoyer des copies à Etisalat. Depuis, un sondage a déterminé que plus de la moitié des utilisateurs de BlackBerry avec Etisalat voulait laisser tomber l’opérateur. Abdullah Hashim, son vice président, a déclaré lors d’une interview au journal Arab News : « L’espoir que nous avions placés dans la manière dont le patch améliorerait les choses ne nous a pas vraiment satisfait : il a causé des problèmes, malgré les tests. Mais nous ne regrettons pas cette tentative ». Rassurant. En attendant, le but exact de la manœuvre reste inconnu. Les Emirats Arabes Unis est cité comme étant « sous surveillance » (ce qui était d’ailleurs le statut de la France en 2008) quant à la censure d’internet sur cette page Wikipedia inspirée de données fournies par l’association Reporters Sans Frontières. Certains sites comme Flickr y sont tout de même bloqués, et cet épisode (qui n’est pas sans rappeler la très récente expérience d’Amazon et de ses suppressions à distance sur son Kindle) ne plaidera sûrement pas en faveur du pays.
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