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jeudi 15 mai 2008 09:29

  • cinéma

« Blindness » : Ouverture avec canne blanche

Lunettes noires à Cannes. Parabole lourdement signifiante de Fernando Meirelles

par Olivier Séguret

tags : cinéma d’auteur , Festival de Cannes

DR

En compétition (film d’ouverture)
Blindness de Fernando Meirelles avec Julianne Moore, Mark Ruffalo, Gael García Bernal, Sandra Oh, Danny Glover... 1h58.

Evidemment, si l’on se met deux minutes dans la peau d’un sélectionneur de films pour un grand festival, on imagine très bien quelle énorme tentation Blindness représente. Fable métaphorique sur la cécité, située dans une mégalopole anonyme et par là même universelle, où les populations, frappées par « un mal blanc », deviennent aveugles, le film de Fernando Meirelles, adapté d’un roman de José Saramago, offre un avantageux champ de signes connivents à la population festivalière, dont l’expertise ne passe que par cet organe, l’œil, que le film fait d’entrée mourir. C’était donc du nanan pour une ouverture, une sorte de clin d’œil, si l’on ose, programmatique et d’autant plus irrésistible que la cécité épidémique dont Blindness fait son sujet ne se manifeste pas par le grand schwartz, ces ténèbres absolues généralement décrites par les aveugles, mais au contraire par une espèce d’éclat blanc, laiteux et surexposé, dont le rendu en projection fait justement penser à la blancheur textile et molle d’un écran de cinéma. Un blanc virginal sur lequel nous sommes tous amenés, plus ou moins adroitement, à nous projeter.

Le film, cependant, ne nous y aide pas beaucoup. Si l’on devine bien le gisement de pistes excitantes sur lequel Blindness évolue, on a le sentiment que le metteur en scène, lui, ne les voit pas, ou ne les considère qu’en passant, balayant des coups de torche mal assurés, retournant les pierres mais insensible aux trésors qu’elles cachent. Aussi, ce qui faisait le charme théorique de l’ambition affichée dans ses premières minutes par Blindness se retourne rapidement contre le film, comme si Meirelles n’avait placé la barre si haut que pour être sûr de passer en dessous. Partie sur le ton d’un film d’anticipation seventies fauché, invraisemblable mais digne, où les habitants d’une ville moderne sont victimes d’une contamination en chaîne, l’histoire sombre rapidement dans la reproduction réaliste d’un camp sanitaire où des hordes d’aveugles en quarantaine reproduisent une microsociété en route vers la pure sauvagerie.

Blindness se consacre alors à l’enregistrement et à la dénonciation de ces phénomènes consternants mais maintes fois décrits  : corruption, humiliation, tyrannie. On dirait une reproduction du fameux Stanford Prison Experiment (1) auquel on aurait ajouté un gage : ici, tous les cobayes sont aveugles ! En fait, un personnage ne l’est pas : une femme rousse à laquelle Julianne Moore prête ses phosphorescentes pupilles. Quel que soit le talent de l’actrice, son personnage signe un certain échec du film, qui a été comme contraint de créer cette héroïne pour sortir de l’impossibilité à figurer l’invisible ou à nous le faire partager. Ne reste plus à Meirelles que ses yeux pour pleurer.

(1) Expérience menée dans les années 70 par l’université de Stanford, qui a été interrompue au bout de six jours en raison du zèle sadique rapidement développé par ceux des étudiants auxquel avait échu le rôle de maton.


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