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mercredi 16 juin 2010 19:21

  • télévision

Blitzkrieg de pellicules

par Isabelle Hanne

tags : histoire , Arte

Walter Frentz filmant Hitler en France, en juin 1940. DR

39-40, La guerre des images de Jean-Christophe Rosé
Arte, ce soir à 20 h 35.

Y a-t-il encore des choses à dire sur 39-40 ? Oui, à condition d’interroger les images de guerre plutôt que de mettre la guerre en images. C’est ce que semble dire le documentaire diffusé ce soir, qui s’emploie à relire les actualités cinématographiques allemandes, françaises et britanniques de septembre 1939 à la victoire nazie de juin 1940. Ces ancêtres de JT projetés dans les cinémas sont contextualisés, mis en regard et confrontés à la réalité. En deux parties, « La drôle de guerre » et « La débâcle », c’est l’histoire fantasmée de ces trois grandes puissances qu’on nous livre : « Chacun disait sa vérité. Autant dire, sa propagande », dit le commentaire.

Jean-Christophe Rosé, le réalisateur, a « tiré la substantifique moelle » d’un « long visionnage de cent cinquante à deux cents heures ». « Au lieu d’avoir une idée a priori, j’ai regardé l’ensemble des actualités de façon vierge, explique-t-il. Puis j’en ai dégagé des thèmes récurrents, et une construction de récit. » Et de mises en scène en omissions, rien n’est anecdotique dans cette guerre revisitée par Movietone, la UFA, Pathé, Gaumont et Éclair. « Dès qu’il y a image, il y a forcément idéologie », affirme Rosé. Les messages très offensifs des actualités britanniques ne correspondent à rien dans les faits : la Royal Air Force et les Tommies souriants et désinvoltes révèlent une Grande-Bretagne blême et exsangue. Côté français, attentisme et résignation transpirent des actualités. Il faut à tout prix maintenir le moral des troupes et ne pas faire paniquer l’arrière. Quitte à souligner, involontairement, l’anachronisme d’une guerre de position, avec tranchées et rails antichars. Traumatisée par 14-18, la France a une guerre de retard.

L’Allemagne nazie, elle, a une guerre d’avance : celle des images. « Les Allemands sont déjà de vrais professionnels de l’image, raconte le réalisateur. Les dictatures comptaient beaucoup sur les actualités pour manipuler leurs populations. » Dénonciation de « l’ennemi juif », exaltation du message du Führer dans une Allemagne toute en puissance et vitesse, avec une Wehrmacht qui franchit des frontières symboliques… Si le message de propagande est au point, la technique aussi : « Ils ne négligent jamais la forme, avec des opérateurs très pros et du matériel de grande qualité… C’était Hollywood ! » En comparaison, les Français sont totalement amateurs : « Leurs actualités, c’est du bricolage ! s’exclame Rosé. Au début de la guerre, ils n’avaient aucune image de Dalladier… Les Britanniques, eux, sont entre les deux : ils filment bien, mais n’ont pas une approche pertinente du contenu. »

Avec un commentaire très bien écrit et parfois ironique, ce documentaire dissèque intox et trucages, et confirme qu’en temps de guerre, la propagande est partout : « Parfois, ce sont vraiment de grosses ficelles, mais le plus souvent, ce sont des petites manipulations, explique Jean-Christophe Rosé. Les Allemands, par exemple, ne montrent aucun cadavre, pour donner l’effet d’une guerre propre. La manipulation est dans le choix de ce qui est montré et de ce qui ne l’est pas. »

Paru dans Libération du 16 juin 2010


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