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jeudi 12 juillet 2007 16:24

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Bobines de famille du Super 8 au DVD

par Charlotte Rotman

tags : portraits , enfants , photo

Jarvist Frost - CC

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Un coup de jeune pour les vieux films

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Stéphane tient fièrement à la main un petit cartable en cuir. Il a une veste à carreaux orange et marron délicieusement seventies, et les mollets dénudés. C’est son premier jour d’école, à sa maternelle du XIXe arrondissement de Paris. On est en 1973. Derrière, on entrevoit deux jambes d’homme en costume, une cravate sombre : son père, Gilbert. L’image d’après, le petit garçon tient toujours le même cartable. Il sort de l’école. Il s’arrête, cherche ses parents du regard, inquiet. Puis il voit la caméra. Sourit et sautille vers elle. Stéphane Reynaud (le petit garçon du film) a aujourd’hui 36 ans. Il a récupéré des dizaines de bobines, des Super 8 conservées dans des sachets orange Kodak, oubliées dans le grenier de la maison familiale (un endroit où il aimait fouiller quand il était petit). Puis il est allé frapper à la porte de sa tante, de ses grands-parents. En tout, il a récupéré et fait numériser 50 vieux films, reliques d’une vie de famille heureuse. Et les a offert aux siens. Pour cela, il a fait appel à une entreprise qui surfe sur le filon de la mémoire familiale.

Dans son appartement parisien, Stéphane Reynaud, qui travaille dans une agence marketing interactive, fait défiler les images. Il les a mises dans l’ordre, et leur a choisi des titres : « Asquin, Carantec, Barcelonnette » - le fief de son grand-oncle, l’homme politique Paul Reynaud. La vie d’alors semble insouciante, comme quand on s’invente une enfance de coton.

A trois ans, il est tout nu dans une piscine gonflable posée sur une pelouse cramée par l’été. A cinq, il fait le pitre, se contorsionne ; à côté, sa petite sœur l’observe et tente de l’imiter. Plus tard, tous les deux roulent dans l’herbe, ou se hissent sur une balançoire. On voit souvent son père, commercial dans une compagnie d’assurances, qui « fait le gai luron ». Jamais sa mère, Mauricette, à l’époque gérante de trois magasins de chaussures : c’est elle qui filme. Sa mère lui avait offert une caméra à la naissance de Stéphane.

Séance de gymnastique, à l’école. Les petits sont en survêtement. Ils tentent de suivre les enchaînements. Stéphane s’étonne : « Je ne m’en souviens pas. » Il dit ça à chaque fois que son regard d’adulte trouve ses gestes d’enfants un peu ridicules. Puis on le voit lire une petite comptine. Trente ans après, il se met à en réciter le début : « Ça me revient comme un automatisme. »

Tout à coup il s’exclame : « Ah, je le reconnais celui-là : c’est Vincent, un voisin. Ça fait des flashs. Des visages reviennent. » Sur un autre extrait, il retrouve ses sentiments de môme : « Lui, c’est un cousin que je n’aime pas. Il m’a harcelé toute mon enfance. » A un moment, il montre un court de tennis dans la maison de campagne de ses parents, « sur lequel a joué Suzanne Lenglen », précise-t-il. « Aujourd’hui les barrières sont rouillées, les herbes ont envahi le terrain. » Puis, l’œil fixé sur l’écran : « La R16 de mon père ! Qu’est-ce qu’on a pu chahuter dedans. » Il ajoute, honteux : « Je l’ai bousillée en 1993. »

Là, c’est sa première communion. Il a 10 ans. On le voit passer en courant. Stéphane arrête l’image d’un clic de souris : « Regardez !, s’amuse-t-il. J’avais un tee-shirt Allez Giscard ! ». On est en 1981, évidemment. « Le jour où Mitterrand est passé, les enfants répétaient ce que disaient les parents, c’était la panique. » Il y a aussi des passages non élucidés. Des images d’Afrique dans les années 50, où on voit le grand-père de Stéphane, qui faisait du négoce colonial, et son oncle enfant (celui qu’on appellera « le beau gosse »), mais bizarrement pas son père. Des dames (inconnues) dont les maillots de bain recouvrent les cuisses, dans les années 30. Ou un type qui joue au diabolo mais que personne n’a identifié.

Stéphane se sent « libéré » d’avoir fait « ce travail de sauvegarde ». Ça le rassure que « ces traces soient conservées : on se dit je le ferai , et puis les gens vieillissent, certains s’en vont. » Mauricette, sa mère, a montré le DVD à ses petits-enfants, les neveux de Stéphane. Elle dit que ces images correspondent à ses souvenirs (sans les moments tristes qu’ « on ne filme pas »).

Les images exhumées s’arrêtent brusquement en 1984. Stéphane ne sait pas pourquoi. Sa mère explique : « Les enfants avaient grandi, ils manquaient de naturel, cela les embêtait. » L’enfance s’est achevée cet été-là.


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