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vendredi 12 octobre 2007 11:00

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Body art : Le corps en suspens

par Marie Lechner

tags : hacktivisme , mutant , body art

Empress Stah dans son numéro de cabaret néo-burlesque fétichiste (© Stéphane Harter/ Agence VU)

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L’artiste californien, Ron Athey, connu pour ses performances corporelles extrêmes, interroge le corps infecté par le sida au Souterrain Porte IV

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Le corps hacké de Zpira

Entretien avec Lukas Zpira, figure emblématique de

Lukas Zpira décolle, corps tatoué, percé, et front hérissé d’implants, vêtu d’une cape en cuir à la Matrix, suspendu à plusieurs mètres du sol par quatre crochets qui transpercent son dos. Accrochée à lui, une timide demoiselle dénudée, ligotée quelques instants plus tôt par l’exquise Satomi, habile geisha initiée à l’art du kinbaku (bondage) par un maître japonais. Elle-même se pendra à sa partenaire entravée, tandis que la musique et les mots accompagnent l’envol de ces trois corps pendus à un morceau de peau. Le rituel vire à la transe surréaliste lorsque les Gnaouas de Fès, en concert l’avant veille, encerclent la scène en faisant résonner leurs percussions. Imagerie manga, superhéros mutants et rites ancestraux se téléscopent dans un moment intense et érotique qui a subjugué le public lui-même très agréablement mélangé du Souterrain Porte IV.

Freaks, mutants, adeptes des modifications corporelles, parias de la culture institutionelle, trapézistes, comédiens, danseurs, musiciens, s’étaient retrouvés pour une semaine de performances radicales au T.O.T.E.M, friche industrielle au décor cyberpunk à Maxéville près de Nancy, à l’occasion du festival international du body art qui s’est achevé dimanche. Cette édition ambitieuse et décloisonnée avait pour thème le monstre. « C’est une biennale autour du corps et de ses limites, une volonté, au travers du monstre, d’analyser certains signes du temps. L’évolution de la science, de la génétique, des bio et nanotechnologies repose la question de notre intégrité physique, de notre humanité », constate Didier Manuel, du collectif théâtre-performance Materia Prima, co-organisatrice de l’événement avec les éditions de la Maison Close. « Le monstre est aussi une volonté de réenchantement du monde par l’effroi », dit le charismatique danseur butô et doctorant en philosophie qui a doublé le festival d’un passionnant colloque réunissant artistes, sociologues, psychiatres, historiens autour de la question du corps monstrueux au musée Aquarium, au milieu des animaux naturalisés.

Des chimères mythologiques (centaure, sirène et autre griffon) aux exhibitions du cirque Barnum, Disneyland du XIXe où l’on se précipitait en famille pour éprouver le grand frisson à la vue de l’homme lyon, de la femme à barbe, ou de l’homme à deux têtes, le monstre fascine et revulse. Il fut longtemps un élement du merveilleux, un prodige, fruit de l’imagination de la femme sur le foetus, avant d’être médicalisé, réduit à un « brouillon » de la nature, objet d’une nouvelle science, la tératologie. Avec l’arrivée de la photographie puis du cinéma, le corps difforme (cloîtré dans des instituts et caché aux yeux de la société) fait place au corps imaginaire, à Godzilla et aux Xmen.

Les mutants, cyborgs et autres êtres hybrides envahissent l’imaginaire contemporain et les artistes questionnent le statu quo biologique. L’artiste australien Stelarc, pionnier des nouvelles technologies, qui clame depuis belle lurette que « le corps est obsolète » vient ainsi de se greffer une troisième oreille sur son avant-bras gauche (lire ci contre) qu’il a dévoilé lors d’une conférence sur l’ensemble de son oeuvre vouée à l’exploration d’une « architecture anatomique alternative ». Lukas Zpira, figure emblématique de la scène de body art française, a entrepris un processus de transformation radicale de son corps, qui outrepasse la retouche cosmétique. « Les modifications corporelles permettent d’avoir accès à un nouveau vécu, l’expérience de la douleur, le plaisir de la recomposition d’une image de soi. » Zpira parle de body hacking pour qualifier sa démarche, tentative de dépasser les frontières biologiques, de s’accoupler avec les machines. « On est dans un changement d’humanité, pour la première fois on va prendre en main notre évolution. Et pourtant avec la question des brevets entre autres, on risque de perdre le contrôle de ces possibilités. » dit-il impatient. D’après lui, les gens n’ont pas plus de raison d’êtrechoqué par ses suspensions que par les exploits sportifs. « Ils réduisent ça à de l’automutilation, mais ma douleur est très relative, comparé à celle d’un alpiniste qui escalade l’everest, et se fait amputer les doigts de pieds, ou aux stigmates d’un joueur de rugby. Le sport, ce sont les jeux du cirque contemporain, idéalisés et acceptés par la société. »

Embrasser la mort, résister à la mort, c’est cette tension qui enflamme la performance intense présentée par Ron Athey, body artiste californien, extrait d’une pièce intitulée Incorruptible flesh, Perpetual wound. Figure emblématique des « modern primitives », icône de la scène gay SM californienne, séropositif, Athey évoque ici ce sentiment du survivant, cette plaie qui ne se referme pas. Même intensité et engagement dans la danse puissante et chamanique du danseur butô Taketeru Kudo qui laisse choir son corps raide sur le sol telle une planche.

Pour détendre l’atmosphère, on apprécie le show provocant et plein d’humour de l’impudique Empress Stah, trapéziste virtuose qui propose sa propre vision de cabaret fétichiste néo-burlesque versus latex, talons aiguilles, piercing, pénétration de poupée gonflable (masculine) et diamants étincelants extirpés de l’anus. Le secret de la coquine : un coktail magique qui la fait grimper aux chandeliers : elle se fait un garot, se plante une aiguille dans le bras et en tire une pleine seringue de sang, la vide dans un verre de champagne qu’elle avale d’un trait avec gourmandise.

Materia Prima, Taketeru Kudo, Lukas Zpira, Ron Athey, Von Magnet seront à la Demeure du chaos les 12 et 13 octobre pour la Borderline Biennal.

Lire aussi les interviews de Ron Athey, Stelarc, et Lukas Zpira.

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