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dimanche 25 novembre 2007 13:26

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Bons plans de vignes en ligne

Ils sont déjà plus de 800 à jouer les « web-vignerons ».

par Laure Espieu

Devenir web-vigneron du Château L’Enclos - DR

Plus original que la carafe. Et les verres, il en a déjà trop. Pour les 40 ans d’Eric, son mari, Nathalie a frappé fort, et carrément offert un millésime : douze pieds de vigne à bichonner pendant un an, qui produiront leur cuvée personnelle, avec, rien que pour lui, son propre nom sur l’étiquette. Sauf que l’amateur passionné n’aura ni à remuer la terre, ni à se tacher les mains dans le mou de raisin, ni même à arpenter le chai en plein hiver pour vérifier la fermentation de ses jus. Lui, il gère tout par Internet. C’est en ligne qu’il élabore son vin et qu’il exploite sa parcelle. Mais ce matin-là, le plaisir n’est pas que virtuel. Au Château L’Enclos, dans la petite appellation Sainte Foy-Bordeaux, aux confins de la Gironde, chacun veut s’imaginer l’heureux propriétaire des lieux. Dans sa stricte architecture XVIIIe, le bâtiment de pierre blonde domine un vignoble piqueté d’or et de feu. De grands arbres encadrent la bâtisse aux tours pointues. Et les premiers arrivants traversent une pelouse encore verte et grasse.

« Bienvenus dans votre domaine », lance Eric Bonneville, le maître de maison. C’est ici, pile dans l’alignement, le long de l’allée qui mène au château, que se situent les vignes d’Eric et Nathalie. Aujourd’hui, ils sont donc invités. Ils viennent découvrir leur lopin, son environnement, et les enjeux de la cuvée à venir. Tout comme une vingtaine d’autres « web-vignerons », débarqués avec eux de Paris et de la région toulousaine. C’est le principe de la formule : en plus de suivre son vin du cep à la bouteille, à travers les newsletters (lettres d’information sur Internet), chaque nouveau producteur reçoit un petit colis avec sa panoplie complète (fiche technique du domaine, terroirs et cépages, calendrier viticole, échantillon à planter à la maison), et passe une journée en immersion pour se familiariser avec le langage et les techniques spécifiques.

Taille, palissage, effeuillage, rendements, vendanges en vert, cycle de la vigne, Eric Bonneville est intarissable, et promène entre les rangs un auditoire studieux. Premières questions timides, premiers gestes discrets pour effleurer du bout des doigts un reste de grappe oublié par les vendangeurs. D’un coup, chacun se découvre une âme de viticulteur. Roxane et Frédéric sont emballés : « C’est forcément communicatif, des gens qui aiment autant leur métier. » Et pour Valérie, venue seule emmitouflée dans son blouson semé de petits nuages, le futur vin a déjà « une saveur différente ».

A l’entrée des chais, c’est Sandrine, l’œnologue, qui prend le relais. On en profite pour goûter les jus, et l’assemblée s’initie au maniement du réfractomètre qui mesure le degré d’alcool potentiel. « C’est parce que nous aussi on était amateurs de vin, et qu’on aurait adoré avoir une parcelle pour se faire notre propre production, qu’on s’est lancés », explique Emmanuelle Garralon, cofondatrice de mesvignes.com (1).

A l’origine, ils sont trois copains, l’œnologue, l’informaticienne, et la spécialiste du marketing, qui réalisent un jour n’être probablement pas les seuls à rêver de vignes et de vendanges généreuses. « Ça tombait aussi à une période où les vignerons ont commencé à s’ouvrir, où une nouvelle génération avait envie de partager la passion et le savoir-faire », souligne Emmanuelle.

Le concept est créé il y a trois ans. 80 clients pour le millésime 2005. Déjà 800 cette année. Et probablement 2 000 en 2008. Cinq domaines sont en ligne, en Roussillon, Bordelais, Champagne, Bandol, ou Touraine, au choix, pour des tarifs allant de 175 à 690 euros, selon le lieu, le nombre de pieds (12 ou 24), et les stages facultatifs ajoutés à la formule (notamment vendanges ou assemblage). De nouveaux partenariats sont maintenant envisagés en Bourgogne, Alsace et Beaujolais.

« Pour les viticulteurs, c’est une excellente façon de concilier modernité et tradition, témoigne Eric Bonneville. Les web-vignerons ont la possibilité d’être un petit peu propriétaires d’un vrai château, et ils se transforment aussi en ambassadeurs du domaine. En plus, Internet est un outil parfait pour le développement à l’international. Bientôt nous pourrons faire venir des étrangers, et ce sera une vraie réponse à la globalisation. »

Au Château L’Enclos, la journée se termine avec l’incontournable dégustation. Guidés par Sandrine, les plus téméraires se font poètes : « Des notes de banane, non ? » tente une dame en savourant son vin blanc. « Je l’avais pas eu celle-là, encore ! » s’étrangle l’œnologue. « Agrumes, plutôt ? » corrige monsieur. « Oui plutôt ». Nathalie et Eric sont enchantés. Ce soir, ils prolongeront le week-end à Saint-Emilion, histoire de continuer à tester les produits. « Parce que cet aspect de la vigne, c’est quand même celui qu’on connaît le mieux. »


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